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Publié : 13 septembre 2014

Ostéo4pattes,

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Revue d’ostéopathie comparée, rassemblements d’ostéopathes, édition de contenu sur l’ostéopathie, rencontres annuelles d’ostéopathie.

  • FTM, hélices fasciales, MRP harmonique

    22 janvier, par Ostéo4pattes-Vetosteo — Formations et stages
    Marre de remettre en place des vertèbres qui récidivent au bout de quelques semaines ? Envie de comprendre comment on peut soigner une scoliose ou une épilepsie ? Marre de se faire attaquer sur le concept de MRP ou de ne pas le comprendre ? Alors peut-être que cette vision tenségritive du corps vous aidera dans vos diagnostics et vos traitements : plus rapide, plus stable, domaine d'application de l'ostéopathie agrandi. Au programme : lignes de forces du corps et résonances ... Force de traction médullaire, hélice fasciale et torsion physiologique, MRP harmonique et diagnostic avec quelques points clés qui solutionnent élégamment la plupart des tensions, votre boîte à outil actuelle reste là en complément quand il est nécessaire d'aller plus loin. Plaquette à télécharger : https://vetosteopathe.eu/IMG/pdf/plaquette_corps_tensegritif-2.pdf toutes les dates dans le post-scriptum dans le bas de l'article. Sommaire Quatre idées de base Mise en Place de la structure Quatre idées de base : La tenségrité au niveau des cellules étudiée d'abord par Jean François Megret Force de traction medullaire, notion mise en avant par Antonio ruiz de Azua Mercadal. Torsion physiologique de Yves Guillard, qui m'a donné l'idée de l'Hélice et des contre-poids abdominaux. la résonance corporelle, interne ou externe, le MRP ou le chant diphonique par exemple. Mise en place d'un concept qui tire son origine de ces notions et transformés jusqu'à un concept final : Où le corps réagit très simplement selon un mode tenségritif. Qui permet d'éclairer certaines pathologies jusque là complexes ou difficile à traiter. Qui simplifie de manière exceptionnelle le traitement ostéopathique (diagnostic global et résolution plus rapide ...) Un structure de résonateur pour le MRP que l'on peut amplifier par le chant diphonique et en tous cas utiliser par exemple en créant des Still Point à Volonté. Public : Ostéopathes de tous Horizons, étudiants en fin de formation. (Tout public pour le seul stage de chant diphonique) Intervenant : Patrick Chêne, ostéopathe D.O., vétérinaire, ancien enseignant d'ostéopathie comparée à L'ENVN, rédacteur en chef de l'Ostéo4pattes revue européenne d'ostéopathie comparée. Mise en Place de la structure : FTM : Mise en place théorique de la notion de force de traction médullaire, depuis la croissance (ascension apparente de la moelle épinière) jusqu'à l'état adulte. Conséquences physiologiques et pathologiques. Exemples sur les différentes espèces. TD : perception de la FTM et les principes de son traitement. Hélice Fasciale : Ses rapports avec la Torsion physiologique. Son trajet, ses effets. Sa perception Son traitement. Sa mesure Contre Poids Viscéraux : Quatre loges viscérales : Abdomen, thorax, cou, le cervelet comme un viscère. Intérêt de cette vision. Effets, perception, traitements. Mise en Place du Mouvement : Le MRP et la torsion physiologique, la torsion physiologique d'Yves Guillard représentant le troisième temps du MRP. Des mouvements naturels qui font entrer le système en résonance. Possibilité de le mettre en résonance autrement : exemple du chant diphonique. Apprentissage de la perception de ses effets. Apprentissage du chant. Équilibration du Système : Comment le système s'équilibre. Comment il peut se déséquilibrer. Comment percevoir le déséquilibre, Comment le rééquilibrer. Intérêt sur le traitement, sur la compréhension de certains effets secondaires. Depuis que Gödel est passé par là ( Théorèmes d'indécidabilité et d'incomplétude) on sait que l'on ne peut rien démontrer à l'intérieur d'un ensemble sans poser au moins une assertion non démontrable. Donc par définition tout est vrai et tout est faux. Par le système présenté ici, aucunement en contradiction avec d'autres systèmes je ne vous livre pas une (nouvelle !) vérité. Je vous livre juste un point de vue qui dans de très nombreux cas s'avère très utile et pratique, voire incontournable. On aurait pu le créer autrement, mais celui-ci fonctionne pour la plus grande satisfaction de vos clients. Par exemple, pour l'hélice fasciale : Les fascias, sont habituellement vus comme un vrai désordre.... enchevêtrement de fibres : j'ai décidé de vous parler d'un seul ruban pour en faire une hélice ... et de voir ce que l'on pouvait faire de cet objet .... testez-le, utilisez-le ou inventez en un autre !! "Construction d'un concept pertinent de corps Tenségritif sur les mammifères (dont l'homme) et mise en mouvement du système pour un soin ostéopathiques rapide et efficace" Dates Prochaines : Version 4 jours Prévues : FTM, Hélices fasciales, MRP Harmonique 28/1/2/3 Mars, Ariège FTM, Hélices fasciales, MRP Harmonique 23/24/25/26 Mai , Rennes inscription par Bretagne Ostéopathie FTM, Hélices fasciales, MRP Harmonique 24/25/26/27 Juin, Ariège FTM , Hélices fasciales , MRP Harmonique 2/3/4/5 Octobre , Suisse , inscription et renseignements par chez asoan.ch" class="spip_url">barbara . grozdanov chez asoan.ch Renseignements : redaction chez osteo4pattes.eu 06 12 28 05 42 (SMS) http://vetosteopathe.eu/spip.php?ru... Plaquette à télécharger ( stages ariègeois seulement ) : https://vetosteopathe.eu/IMG/pdf/plaquette_corps_tensegritif-2.pdf
  • SDO 4 - Quantification de la capacité à percevoir un mouvement par la palpation

    20 janvier, par Ghislaine Signoret, Hervé Kasparian, Jérôme Kasparian — N°48 - Printemps 18 (Rés)
    Résumé Contexte : La palpation des mouvements est au cœur de la pratique de l'ostéopathie en Europe. Les techniques crâniennes, en particulier, demandent de sentir de très petits mouvements (quelques dizaines de microns). Toutefois, à la connaissance des auteurs, le plus petit mouvement détectable à mains nues n'a jamais été déterminé. Objectif : Quantifier la capacité humaine à détecter un mouvement par palpation passive. Méthodes : Les sujets étaient invités à tenir un dispositif mécanique équipé d'un actuateur micrométrique entre leurs mains et à signaler lorsqu'ils sentaient un mouvement tandis que l'actuateur produisait 6 séries de 27 mouvements aléatoires. À l'issue de chaque série, selon que le sujet ait réussi ou échoué à détecter le mouvement avec un niveau de confiance de plus de 98%, l'amplitude des mouvements de la série suivante était diminuée ou augmentée. La capacité de détection du sujet était déterminée à l'issue des 6 séries. La signification statistique était de P=0,02. Résultats : Au total, 21 participants ont été sélectionnés, dont 14 ostéopathes et 7 non-ostéopathes. La capacité de détection moyenne de l'échantillon était de 148 µm. Treize participants (62%) percevaient des mouvements de 200 µm ou moins, et 7 participants (33%) détectaient des mouvements inférieurs à 50 µm, à main nue. La formation ostéopathique n'affectait pas notablement la performance. Les ostéopathes étaient deux fois plus enclins à rapporter la détection d'un mouvement qui n'avait pas eu lieu que de ne pas sentir un mouvement réel, tandis que les non-ostéopathes faisaient autant d'erreurs dans un sens que dans l'autre. Conclusion : Les données montrent que la sensibilité de la palpation passive, chez l'Homme, se chiffre à quelques dizaines de microns. Cet ordre de grandeur est comparable à celui des mouvements mesuré au niveau de la voute crânienne (10-50 µm). Un des aspects de la palpation consiste à sentir des mouvements. Dans la pratique ostéopathique européenne, les praticiens cherchent à sentir des mouvements de très petite amplitude. Il a été avancé que des praticiens expérimentés peuvent sentir des mouvements de l'ordre de 90 µm1 tandis que pour des néophytes cette valeur serait de 1 mm, toutefois, notre revue de littérature n'a pas permis de trouver de preuve scientifique de ces affirmations. Pratiquer l'ostéopathie crânienne implique de savoir détecter les mouvements micrométriques du crâne.2-12 Certains ont la conviction que ces mouvements sont “trop petits pour être sentis.”13 La capacité à détecter un mouvement qui se produit à l'extérieur du corps du praticien repose sur plusieurs entrées somato-sensorielles ainsi que sur de multiples intégrations au niveau du système nerveux central.14-18 La proprioception (principalement via l'étirement des muscles et de la peau, dès lors que le mouvement est transmis à l'articulation) et les sensations épicritiques (compression des tissus superficiels) vont entrer en jeu. Plusieurs aspects de la proprioception19 ont été quantifiés20 : la plus petite différence perceptible entre deux forces appliquées dans le plan frontal est de 22%.21 Lorsqu'une articulation métacarpo-phalangienne est fléchie passivement, la sensibilité des fuseaux neuromusculaires est de 0,3 impulsions par seconde par degré de flexion.15 On peut donc s'attendre à une sensibilité de l'ordre de 0,1° ou moins à l'échelle du nerf selon le nombre de fibres afférentes. Plusieurs études ont cherché à chiffrer les sensations épicritiques en se basant sur la capacité à discriminer deux points de pression cutané,21,22 ce qui permet de mettre en évidence la capacité de la pulpe du doigt à distinguer deux points situés entre 1 et 3 mm l'un de l'autre. Mais la capacité à détecter un mouvement est un processus complexe qui implique de multiples paramètres24-27 et de multiples voies neurologiques. Les connaissances dont nous disposons sur chacune de ces voies ne permet pas de répondre à notre question de recherche : Quelle est la plus petite amplitude de mouvement qui peut être perçue par la palpation ? Dans cet étude, nous avons testé, chez des ostéopathes et des non-ostéopathes, la capacité à détecter des mouvements de 10 à 1000 µm, produits de façon contrôlée par un dispositif mécanique. L'hypothèse que nous cherchions à tester est que des mouvements de l'ordre de quelques dizaines de microns peuvent être détectés efficacement par palpation passive. Méthodes L'étude s'est déroulée au cours du premier trimestre 2014 au sein de la clinique de l'Institut Privé d'Enseignement Ostéopathique à Pantin en France. Les volontaires étaient recrutés par l'intermédiaire de la clinique, et dans le voisinage. Ce type d'étude n'a pas nécessité d'autorisation de la part d'un comité d'éthique. Le consentement des participants était demandé après leur avoir expliqué le concept de l'étude et leur avoir montré comment fonctionnait le dispositif. Les sujets devaient remplir les critères suivants : être âgés de 20 à 35 ans ; pour le groupe "ostéopathes" les sujets devaient avoir leur DO ou être étudiants en 5e et dernière année d'ostéopathie ; tandis que dans le groupe "non-ostéopathe" les sujets devaient exercer un métier qui ne demande pas de pratiquer de palpation fine. Les sujets qui présentaient une maladie sensori-motrice ou un antécédent de traumatisme au membre supérieur étaient exclus. Pour déterminer la capacité de détection des mouvements nous avons utilisé un dispositif mécanique (Figure 1). Nous avons coupé verticalement un bocal en plastique de 12,7 cm de diamètre de façon à permettre sa dilatation. Les 2 moitiés restaient liées au socle par une articulation et étaient réunies au sommet par un élastique. À l'intérieur du bocal, à mi-hauteur, un actuateur (Thorlabs Z806) permettait de contrôler le diamètre du bocal. Les caractéristiques de l'actuateur spécifient une résolution de mouvement de 29 nm - près de 1000 fois inférieur au plus petit mouvement que nous voulions tester. L'actuateur servait à produire, de façon répétable, des translations de 10 à 1000 µm d'amplitude. Ces translations se trouvaient traduites en expansion ou en rétraction du diamètre du bocal, d'une amplitude équivalente. Le dispositif était utilisé pour générer plusieurs séries de 27 événements. Chaque événement pouvait être un mouvement unitaire d'expansion, de rétraction, ou un non-mouvement. L'accélération était réglée à 1 mm/s2 et la vitesse maximale à 1 mm/s. Le type d'événement était choisi de façon aléatoire à l'aide de la fonction RAND d'Excel (Microsoft Corporation), avec une probabilité de 25% pour une expansion, 25% pour une rétraction, et 50% pour un non-mouvement. Chaque événement durait approximativement 1 seconde et était suivi de 5 secondes de pause. Avant de débuter la procédure, nous montrions aux participants comment utiliser le dispositif et nous les invitions à s'entrainer jusqu'à ce qu'ils aient bien intégré la procédure. Chaque fois que l'amplitude des mouvements changeait, les instructions étaient répétées, et une nouvelle phase d'entrainement permettait aux sujets de savoir quel type de mouvement ils allaient devoir détecter. Durant l'expérience, les participants portaient un casque audio qui diffusait une séquence audio synchronisée avec l'actuateur. La séquence audio consistait en un bip qui signalait le début et la fin de chaque événement, et un bruit blanc pendant l'événement de façon à masquer le léger bruit produit par l'actuateur. Durant le temps de pause, les participants disposaient de quelques secondes pour dire ce qu'ils avaient senti en répondant oui (j'ai senti un mouvement) ou non (je n'ai pas senti de mouvement). Les participants devaient impérativement donner une réponse à l'issue de chaque événement. Pour qu'un participant soit considéré capable de détecter les mouvements d'une amplitude donnée, il devait avoir répondu correctement au moins 19 fois sur les 27 événements de la série. Selon le test du χ², cette performance de 70% garantit la signification statistique du résultat (P<0,02 ; c'est-à-dire que la résultat s'écarte d'une série de réponses aléatoires avec un niveau de confiance de 98%). Le caractère strict et asymétrique de ce critère nous prémunissait de toute surestimation de la performance d'un individu testé. Chaque fois qu'un participant faisait montre de ce niveau de performance pour une amplitude donnée, l'amplitude du mouvement était diminuée pour la série suivante. À l'inverse, s'il donnait 18 bonnes réponses ou moins, l'amplitude était augmentée pour la série suivante. Cette approche dichotomique était répétée au long de 6 séries. Nous commencions par tester la capacité du sujet à détecter un mouvement de 1000 µm (M1). Des tests préliminaires de dimensionnements nous ont permis de partir du principe que tous les sujets échoueraient à détecter un mouvement de 10 µm (m1) d'amplitude. Pour chacune des séries suivantes (numérotée n), nous savions que la plus petite amplitude de mouvement que le sujet pouvait détecter était comprise dans l'intervalle [mn ;Mn], ou mn est la plus grande amplitude pour laquelle il avait échoué, et Mn est la plus petite amplitude qu'il avait déjà détectée avec succès. De manière à réduire l'intervalle entre mn et Mn, nous testions alors une amplitude (µn) comprise entre mn et Mn lors de la série suivante. µn était déterminé en prenant la moyenne géométrique de mn et Mn : Le fait d'utiliser une moyenne géométrique plutôt qu'une moyenne arithmétique a permis de réduire le nombre de séries nécessaires pour atteindre un niveau de précision donné, et donc de réduire la durée du protocole et par là-même de réduire les biais liés aux limites de la capacité d'attention des participants et à la fatigue. Le protocole complet prenait environ 30 minutes par participant. Au bout de 6 séries, l'intervalle était réduit de façon à ce que M6/m6 = 1,15 (soit une précision de 15%). Nous considérions alors que la capacité de détection du sujet était M6, c'est-à-dire, le plus petit mouvement qu'il avait su détecter de façon fiable. Pour éviter la sur- ou la sous-estimation des mouvements du dispositif, les participants devaient placer leurs mains de part et d'autre du bocal, dans une position repérée par un marquage, au niveau de l'actuateur. Pour assurer que l'opération se déroule en double-aveugle, nous nous sommes assurés que le bocal absorbe suffisamment la composante de torsion et les vibrations produites par l'actuateur. Au cours de l'expérience, les participants portaient un masque opaque sur les yeux et un casque anti-bruit. Ils ne communiquaient qu'avec un assistant qui n'avait pas connaissance des mouvements de l'actuateur. Analyse statistique Comme détaillé plus haut, le nombre d'événements dans chaque série a été déterminé de telle façon qu'un test du χ², permette d'atteindre une signification statistique de P<0,02 pour une performance de 70% (19 bonnes réponses sur 27). La différence entre les groupes a été établie à l'aide d'un test de Student pour ce qui est de la comparaison des performances moyennes, et à l'aide d'un test du χ² pour ce qui est de la comparaison des taux de faux-positifs et de faux-négatifs dans leurs réponses. Résultats Au total 21 participants remplirent les critères d'inclusion, parmi lesquels 14 ostéopathes et 7 non-ostéopathes. L'âge moyen était de 26,6 ans. 16 participants (76%) étaient des femmes. Nous avons mesuré la largeur des mains des participants, au niveau des têtes des 2e et 5e métacarpes. La largeur moyenne était de 7,8 cm pour les ostéopathes et 7,6 cm chez les non-ostéopathes. Comme le montre la Figure 2, le plus petit mouvement que les participants réussirent à détecter vont de 15 à 365 µm, une fois mis de côté un participant qui a fait exception en ne détectant pas mieux que 866 µm. Pour aller plus loin, 13 des 21 participants (62%) ont montré qu'ils étaient capables de percevoir des mouvements inférieurs à 200 µm, et 7 des 21 (33%) purent détecter des mouvements inférieurs à 50 µm. Nous avons comparé les résultats des 2 groupes. Comme détaillé dans les Tableaux 1 et 2 , la moyenne (écart-type) du plus petit mouvement détecté était de 123 (89) µm pour les 7 non-ostéopathes et de 161 (131) µm pour les 14 ostéopathes. La performance des ostéopathes allait de 15 à 365 µm, avec 1 sujet à 866 µm. Un tiers des ostéopathes testés ont détecté des mouvements entre 15 µm et 43 µm. Le test de Student indique que la différence de moyenne entre les groupes ne peut être considérée comme significative (P>0,2), ce qui montre que les ostéopathes et les non-ostéopathes ont des capacité de détection de mouvement similaires. Toutefois, la différence entre les 2 groupes est significative en ce qui concerne la distribution des erreurs. Les erreurs des non-ostéopathes correspondaient autant à de faux-positifs (162) qu'à de faux-négatifs (172). À l'inverse, les ostéopathes étaient 2 fois plus sujets aux faux-positifs (444) qu'aux faux-négatifs (233) (Figure 3). En d'autres mots, les ostéopathes étaient plus enclins que les non-ostéopathes à dire avoir senti un mouvement qui n'existait pas qu'à dire n'avoir rien senti alors qu'un mouvement avait eu lieu. Cette différence entre les 2 groupes quant aux taux de faux-positifs et de faux négatifs est très significative (χ²=27 ; P<0,001). La différence entre les groupes quant à la distribution des bonnes réponses est également significative : les réponses négatives (=pas de mouvement détecté) représentait 462 des 827 (56%) bonnes réponses des non-ostéopathes contre 802 / 1667 (48%) pour les ostéopathes (χ²=13 ; P<0,001). Afin d'explorer ces différences inattendues, nous avons réalisé un test complémentaire sur le même échantillon, à l'aide d'une procédure similaire. Cette fois, les participants devaient identifier la direction du mouvement (c'est-à-dire expansion ou rétraction) dans 6 séries de 27 mouvements (un mouvement avait lieu à chaque événement), dont la direction était choisie aléatoirement, avec une probabilité de 50% pour l'expansion et de 50% pour la rétraction. À l'inverse de la distribution des détections erronées dans le test de détection de mouvement, les différences de distribution entre les 2 groupes n'étaient pas significatives (χ²=0,16 ; P=0,69) : le ratio fausses-expansions : fausses-rétractions était de 56% : 44% chez les ostéopathes et de 57% : 43% chez les non-ostéopathes. À cette occasion, nous avons trouvé une différence importante entre la capacité à détecter un mouvement et la capacité à caractériser sa direction. Pour qu'un individu commence à pouvoir caractériser la direction d'un mouvement de manière fiable, ce mouvement doit avoir une amplitude approximativement 4 fois supérieure au plus petit mouvement qu'il a su détecter. Discussion Un tiers de notre échantillon a pu, à main nue, détecter des mouvements de 50 µm ou moins, ce qui démontre clairement que la palpation passive permet de détecter des mouvements de l'ordre de quelques dizaines de microns, même si tous les individus ne sont pas capables de cette performance. Cet ordre de grandeur est comparable avec l'amplitude des mouvements crâniens décrits dans la littérature.2-12 Plus particulièrement, Laval et al.9 ont eu recours à un capteur plat à courant de Foucault pour mesurer le mouvement de l'os frontal chez 100 adultes jeunes. Ils ont mis en évidence un mouvement périodique de 10 à 50 µm d'amplitude et de fréquence 0,16 Hz, qu'ils ont pu isoler du mouvement respiratoire. Toutefois, la présente étude ne reproduit pas le mouvement lent, continu et périodique d'un crâne vivant. Pour des mouvements inférieurs à 50 µm, aucun des participants ne fut capable d'identifier de façon fiable la direction du mouvement. Ce constat est cohérent avec les résultats de l'étude de Nelson et al.,11 qui firent la démonstration de la capacité à percevoir le rythme du mouvement crânien, mais non sa direction. Par ailleurs, on peut s'attendre à ce que la capacité à détecter un mouvement dépende de sa vitesse et de son accélération. De futures études seront nécessaires pour chiffrer l'influence de ces paramètres. Étonnamment, la seule différence statistiquement significative entre les ostéopathes et les non-ostéopathes qui apparaisse dans notre étude est le taux de faux-positifs dans la détection de mouvement. Ce type d'erreur représentait les 2 tiers de toutes les erreurs faites par les ostéopathes. Cette différence pourrait être la manifestation d'une certaine posture mentale chez les ostéopathes qui “veulent sentir quelque chose” parce qu'ils ont été formés en ce sens. Comme Kalaska (16) l'écrit : ... la génération, au niveau du système nerveux central, d'une représentation d'un stimulus mécanique n'est qu'une partie du processus de perception par le toucher. Celle-ci est aussi influencée par le comportement, la motivation et l'état attentionnel. Les non-ostéopathes n'avaient "rien à prouver" dans cette étude. Ainsi leurs erreurs furent autant des faux-positifs que des faux-négatifs. Parmi leurs bonnes réponses, ils obtinrent aussi plus de vrai-négatifs que les ostéopathes. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'en cas de doute, les non-ostéopathes avaient tendance à dire qu'ils n'avaient pas senti de mouvement. Cette interprétation - l'existence d'un biais mental - pourrait se voir confirmer par le fait que les deux groupes se trouvent avoir une distribution similaire de leurs erreurs pour la détection du sens du mouvement. Dans ce dernier test, aucun participant n'avait la pression de sentir ou non un mouvement, ce qui n'a donc pas introduit de biais quant au type de leurs erreurs (fausse-expansion/fausse-rétraction). Notons que le taux de 71% de bonnes réponses observé dans les 2 groupes n'est pas représentatif d'une caractéristique de la population mais est la conséquence mécanique de notre protocole : la limite entre réussite et succès à une série était fixée à 70%. Cette étude n'apporte aucune information sur les voies nerveuses utilisées dans ce type de palpation. On peut supposer qu'elles puissent dépendre de la stratégie palpatoire utilisée par les ostéopathes ; chercher à se détendre profondément peut faciliter le fait que le mouvement soit transmis au poignet. Par trigonométrie on peut calculer qu'un mouvement de 100 µm se trouvera converti en une extension de 0,1° au niveau du poignet. De futures études pourront explorer cette question. Conclusion Un tiers de notre échantillon était capable de détecter un mouvement inférieur à 50 µm. Cette capacité n'est pas universelle, ainsi les ostéopathes peuvent corréler cette information avec d'autres données palpatoires : la forme, la densité, la tension... chaque information venant étayer leur diagnostic palpatoire. La méthodologie et le matériel développés à l'occasion de cette étude peuvent se révéler utiles dans le cadre de la formation des ostéopathes et de leur apprentissage de la palpation fine. Cette objectivation et cette quantification des capacités palpatoires humaines offrent une base scientifique pour la pratique ostéopathique et pour la recherche dans ce domaine : cela devrait encourager de futures investigations quant aux mécanismes à l'œuvre dans la thérapie manuelle ostéopathique et l'ostéopathie dans la sphère crânienne. Contributions des Auteurs Tous les auteurs ont contribué de manière substantielle à la conception, la réalisation, l'acquisition des données ou l'analyse et l'interprétation des données ; tous les auteurs ont participé à la rédaction de cet article ou à sa relecture critique et ses révisions sur le fond de façon à apporter une contribution intellectuelle significative ; tous les auteurs ont donné leur accord final sur la version publiée ici. M. H. Kasparian et Mme Signoret se portent garants de tous les aspects des travaux présentés ici, en particulier quant au fait que les questions relatives à l'exactitude et l'intégrité de tout ou partie de ces travaux ont été examinées et traitées de façon adéquate. Références 1. Ehrenfeuchter WC, Kappler RE. Palpatory examination. Dans : Chila A, ed. Foundations of Osteopathic Medicine. 3é ed. Baltimore, MD : Lippincott Williams & Wilkins ; 2011. 2. Frymann VM. A study of the rhythmic motions of the living cranium. J Am Osteopath Assoc. 1971 ;70(9) :928-945. 3. Retzlaff EW, Michael DK, Roppel RM. Cranial bone mobility. J Am Osteopath Assoc. 1975 ;74(9) :869-873. 4. Heifitz MD, Weiss M. Detection of skull expansion with increased intracranial pressure. J Neurosurg. 1981 ;55(5) :811-812. 5. Oudhof HA, Van Doorenmaalen WJ. Skull morphogenesis and growth : hemodynamic influence. Acta Anat (Basel). 1983 ;117(3) :181-186. 6. Pitlyk PJ, Piantanida TP, Ploeger DW. 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Voir en ligne : Quantification of Motion Palpation - The Journal of the American Osteopathic Association, October 2015, Vol. 115, 604-610. doi:10.7556/jaoa.2015.121 - J Am Osteopath Assoc. 2015 ;115(10) :604-610 Traduction : Hervé Kasparian Institutions : Cabinet d'Ostéopathie Saint-Pierre à Tonneins, France (H. Kasparian et G. Signoret) ; http://www.osteopathe-a-tonneins.fr/ et Université de Genève, Suisse (J. Kasparian). Déclaration d'un soutien financier ou d'un conflit d'intérêt : aucun. Reprint from The Journal of the American Osteopathic Association. © American Osteopathic Association. Reprinted with the consent of the American Osteopathic Association. Adresse de correspondance : Hervé Kasparian, Cabinet d'Ostéopathie Saint-Pierre, 26 esplanade Saint-Pierre, 47400, Tonneins, France. E-mail : herve chez kasparian.eu Soumis le 18 fév. 2015 - version finale reçue le 4 juillet 2015 - accepté le 20 juin 2015 © 2015 American Osteopathic Association pour l'article original © 2018 Site de l'Ostéopathie (SDO) pour la version française
  • SDO 4 - Que fait un ostéopathe en posant les mains sur un patient ?

    20 janvier, par Bruno Ducoux — N°48 - Printemps 18 (Rés)
    Sommaire Sommaire - Introduction Notes Sommaire - Introduction La sensorialité et le corps sensible Un système complexe La vie Le centre de gravité : dynamic stillness Sens Le sens corporel Fulcrum Vibrations Fulcrum vibratoire Le neutre La cinquième dimension de l'ostéopathie La théorie polyvagale et la nociception Neurones miroirs L'Epigénétique La quête de la Santé Libre perspective sur un monde sensible Si le savoir est issu d'une accumulation de données ingurgitées puis enseignées dans une somme dite scientifique, la connaissance est également issue de l'expérience personnelle acquise au sein du monde sensible. L'interaction avec la nature est un savoir implicite qui donne des signes subjectifs d'accumulation d'inné et d'acquis. Ces preuves subjectives que l'ostéopathe perçoit dans son corps sensible dépassent ses capacités cognitives connues. Elles révèlent une puissance d'agir- potency- non locale, englobant des espaces et un temps non linéaire, non fini, non appréhendable par les sens mais bien présent dont les fruits sont la Joie, la Beauté et l'Eternité. Les sens nous apportent une preuve limitée et tronquée des capacités perceptuelles humaines. L'être humain est beaucoup plus et mieux que ce que prétend la science basées sur les preuves, partie visible de l'iceberg de la connaissance à notre disposition. Une petite partie de la somme d'informations illimitées est captée par l'esprit rationnel ; des formes mentales et physiques se structurent alors et deviennent fonctionnelles. C'est ainsi que des théories sont élaborées par des esprits rationnels et elles font autorité pendant un certain temps et dans un espace limité de notre petite planète. La science basée sur l'évidence cherche des études objectives où le patient est l'objet de l'étude et le médecin un exécutant objectif des mêmes règles appliqués à cet objet d'études, ceci dans le contexte culturel médical du XXe siècle. A.T. Still fait partie des chercheurs qui ne se sont pas enfermés dans la pensée dominante d'une époque mais ont rejoint la foule des philosophes marginaux également artistes et scientifiques qui ont apporté leur pierre à la construction de ce temple en devenir : L'être humain. En lisant entre ses lignes, le chemin de l'ostéopathie se dé-couvre [1] : de nouvelles compréhensions de ce que la nature montre depuis toujours sont dé-couvertes ; « L'Histoire et la culture scientifique contemporaine ne participent pas vraiment à cette découverte » [2]. Voici quelques éléments de réflexion. La sensorialité et le corps sensible Le corps est une source illimitée d'informations ; nos mains sont un outil au service de la perception et un abord particulier de la réalité propre à chacun ; chaque expérience ouvre de nouvelles portes à condition d'accepter qu'elle soit moteur du changement et non fermeture. Le thérapeute manuel développe un sens corporel, felt sense, incluant des éléments sensoriels (vue, ouïe, odorat, goût) et un sens déconcentré : le toucher ; il dépend des systèmes nerveux central, périphérique et autonome dont le centre est le cœur existentiel. Suivant en cela l'évolution de la médecine au XXIe siècle, David Levin [3] a montré que le corps pouvait être appréhendé ainsi : d'un objet abstrait, il devient concret, d'une étude extérieure, il est possible de percevoir l'intérieur, d'études quantitatives, passer à la découverte de qualités et leurs influences multifactorielles, depuis des états et des structures, étudier des processus évolutifs dans une approche systémique basée sur le mouvement, de l'analyse vers une synthèse holistique, de concepts mécaniques isolés vers une intégration au sein du cosmos. L'évolution de la cosmologie et les découvertes dans le monde de l'infiniment petit modifient à leur tour la perception du corps. Le corps anatomique, physiologique et biochimique est maintenant perçu dans une approche psychosomatique, environnementale et expérientielle. Ainsi, le corps phénoménologique dépend de l'expérience des perceptions du patient et n'est pas seulement une représentation historique et culturelle. Niels Bohr avait déjà établi que l'observateur pouvait causer les perceptions de l'événement. Ces différents niveaux sont présents dans la philosophie stillienne ; le patient devient un acteur réflexif de sa propre santé et l'ostéopathe un « facilitateur thérapeutique” [4], un fulcrum dans une approche systémique ouverte. L'ostéopathe ne doit pas appliquer des principes dogmatiques mais apprendre de la nature et de l'expérience ; la nature est vraie en toutes ses lois [5] à condition de l'observer ; ainsi apparaissent des concepts basés sur une nouvelle compréhension ouverte post moderne. L'application de ces concepts basés sur l'expérience donne des résultats ne dépendant pas seulement du patient ou du thérapeute mais de l'interface, émergeant d'un système complexe intriqué. Afin d'aller plus avant sur le chemin de l'ostéopathie, il est nécessaire d'apprendre de nouveaux chemins de perceptions, associant matière et conscience dans le même paradigme phénoménologique. Ce paradigme ne peut être appris dans des livres mais partagé dans des groupes de recherche comme le GETM ou la FROP [6, 7]. Un système complexe Dans la relation thérapeutique classique, on trouve le thérapeute, le patient et la relation thérapeutique. Pour des raisons pédagogiques, séparons les différents protagonistes de ce système complexe pour analyser cette relation. On trouve l'espace avec ses trois dimensions connues, le temps et sa relation quantique à l'espace, la vie manifestée dans un champ vital, les cinq sens connus du patient et du thérapeute, les quatre forces primordiales connues présentes dans la nature (gravitation électromagnétisme, force nucléaire forte et faible), la force mentale et l'intuition des êtres humains, leur environnement épigénétique, les conditions psychosociales [8], le sens corporel, l'influence cosmique... et la chemin laisse dé-couvrir chaque jour de nouveaux territoires de jeu ! Tous ces éléments fonctionnent de concert : la gravitation et l'électromagnétisme rendant la matière solide grâce à la force nucléaire forte ; dans ces liens, la matière est transformée en photons lumineux, transportant une information sous forme d'énergie capable de se déplacer dans l'espace-temps. En sus de la force nucléaire faible, une super force ou super corde envoie des vibrations vitales dans toutes les dimensions sans doute à des vitesses supra lumineuses, incluant les dimensions que nous n'avons pas encore rencontrées, spiritualisant la matière [9]. Ces assertions ont maintenant à être vérifiées à travers le prisme de l'ostéopathie vitaliste. La vie Dans le chapitre Biogène [10], Still présente les effets de la vie, écrivant qu'il n'y a pas de définition de la vie à proprement parlé. La vie est une force invisible habitant la machine humaine, faisant tourner le moteur de la santé avec l'aide du mouvement. Le mouvement est la première et seule évidence de la vie [11]. Cette vie peut néanmoins être perçue dans l'environnement du corps physique, corps que Arny Mindell appelle le ‘dreambody” [12]. Notre hébergement physique permet l'union de la matière et de l'esprit grâce à la conscience. « J'aime mes camarades humains, car je peux percevoir Dieu dans leur visage et dans leurs formes » [13]. En allant plus loin, Still pensait que la vie humaine est éternelle. La vie n'a pas de commencement ni de fin ; elle peut être perçue par des champs vibratoires : Unified Life Field. Cette idée était déjà présente dès 1714 chez Swedenborg [14] : la force vitale est perçue à travers des vibrations de différentes natures ; Il existe des millions de vibrations différentes perceptibles ; nous n'en percevons que quelques unes. Pour W.G. Sutherland, il est possible de trouver quantité d'informations sur la vie dans des livres et en suivant des cours, mais la connaissance vient seulement par l'expérience. Une approche réflexive de l'expérience est une source de connaissance. “Le travail ne consiste pas à construire un endroit, un livre, un système, un dogme, une tradition. Le travail consiste en quelque chose qui vit au cœur des hommes et des femmes... s'ils savent le trouver !” [15]. L'être humain est une passerelle entre terre et ciel, entre la force créative et sa création ; nous sommes “enceints” de cette invisible manifestation de la vie ; nous la connaissions avant la naissance et nous l'avons oublié [16] ; nous avons à réapprendre la langue natale présente dans nos pensées et notre corps physique. Dans un traitement ostéopathique, la vie est également présente dans l'interface partagée. Là, dans l'espace entre, se trouve le centre qui peut être perçu par le ressenti dans le neutre. Nous sommes nos pensées accompagnées d'impulsions, consciences, sentiments, émotions, désirs et rêves ; à partir de là le corps physique s'est manifesté ; ce que nous appelons notre corps physique étant peut être juste un endroit que notre mémoire appelle “chez nous” pour le temps actuel ! [17]. Tout d'abord, cherchons ce centre et ses manifestations vibratoires. Le centre de gravité : dynamic stillness Le centre de gravité de ce système est le calme atteint dans l'interaction, la surface d'un lac calme ; l'interface dans ce centre de gravité ; une nouvelle information peut changer la matière si les vibrations suivent un certain rythme commun et sont transmises à travers un média –le tissu conjonctif- en relation avec le centre de gravité. En tant qu'observateur, le thérapeute perçoit les effets et les changements chez le patient, en utilisant certaines qualités : réactions du système nerveux neurovégétatif, pulsations du système circulatoire, RAC [18], changements dans le système respiratoire afin de s'adapter au système neuro végétatif ; REM [19], borborygmes, changements dans l'environnement : lumière, sensations de temps et d'espaces différents dans la pièce et l'environnement ; décrochages, sérénité ;toutes ces manifestations se faisant en relation avec les sens. Sens À partir des sens humains les vibrations sont transformées en signaux électriques et chimiques pour le cerveau. Les systèmes vestibulaires, auditifs, visuels et somato sensoriels du patient changent. Apprendre les manifestations de la vie avec les sens est un challenge pour les perceptions [20]. Le sens corporel est un outil bien utile à développer et apprivoiser. Le sens corporel « Alice ouvrit la porte et trouva qu'elle ouvrait sur un petit passage ; elle se mit à genoux et regarda à travers le passage le plus joli petit jardin qu'il vous fut amené à voir » [21]. « La vérité d'une chose est dans le ressenti de cette chose non dans la façon de penser cette chose » [22]. Eugen Gendlin(Chicago, 1953) appris, dans un contexte de psychothérapie que les patients qui avaient de bons résultats se centraient intuitivement dans une conscience corporelle interne assez vague et subtile que Gendlin a appelé le « felt sense » ou sens corporel [23]. Puis, il nota qu'en se centrant, se manifestait un changement radical assez gentil et doux, un enracinement rempli de puissance. Le patient peut bouger d'un endroit coincé vers de nouveaux horizons personnels. "Chaque sensation désagréable peut devenir une énergie potentielle vers une façon plus adaptée d'être, à condition de lui donner l'espace de se déplacer vers sa rectitude” [24]. "Nous savons tous que nous avons des sensations. Ce que la plupart d'entre nous ne réalise pas, c'est que 50% de la connaissance humaine vient de la capacité de notre propre corps à connaitre plutôt que de la capacité de notre esprit à penser." [25]. Le sens corporel est présent au delà des cinq sens et des mots ; c'est un lien entre les sens, les émotions, le mental, les intuitions, la généalogie, la culture dans un environnement holistique. C'est quelque chose expérimenté dans le corps qui dépasse toujours les expressions que nous pouvons utiliser pour le décrire. “Le thérapeute fait attention à son propre sens corporel comme source d'information et d'inspiration pendant le processus thérapeutique et trouve le point d'entrée pour sa connaissance corporelle » [26]. Le sens corporel, bien que difficile à décrire, peut “ouvrir” la porte d'un champ global de détails intriqués, à partir desquels de surprenantes étapes de changement peuvent émerger [27]. Le corps, plutôt qu'une machine, est une merveilleuse interface intriqué avec tout son environnement ; ce qui explique pourquoi il “connait” autant juste dans la présence. Pendant le traitement, la façon d'être avec soi même et les autres tend vers l'expansion et non la contraction de la sensation même de soi [28]. C'est une ouverture vers des ”possibilités émergentes” en référence avec nos expériences passées, même si ce sont des expériences symboliques. “Wittgenstein, Dilthey, and Heidegger ont montré de façon puissante que nos expériences subjectives ne sont pas seulement des réactions personnelles ; elles représentent nos interactions avec la vie et diverses situations rencontrées. Elles représentent des significations immédiates des interactions. ” [29]. Ceci ouvre un vaste champ aux perceptions manuelles ostéopathiques. L'ancien modèle des cinq sens et de leur interprétation doit être revu. À cette fin, le modèle du fulcrum vibratoire permet de discerner les changements perceptuels ; un exemple en est donné avec les cristallisations de gouttes d'eau, entre état liquide et état solide, réalisées par Masuro Emotto [30] ; les moments essentiels du traitement ostéopathique sont les transitions [31]. Gendlin a nommé cette conscience dans le corps se centrer dans un sens de connaissance interne [32]. En ostéopathie, nous parlons de fulcrum. Fulcrum Un fulcrum objectif, mécanique est un axe ou un point à partir duquel un levier peut tourner ou pousser quand une force est appliquée ; dans un système vivant, tout peut potentiellement bouger. La roue est un bon exemple : le centre de la roue est l'axe, le fulcrum, le lieu de la force. Appliqué au traitement ostéopathique, le fulcrum subjectif est le support et le lieu de puissance d'action [33] maximale. Corrélé avec l'immobilité du point neutre, le fulcrum peut être une source de puissance d'action. À ce moment, les sensations deviennent différentes en relation avec ce centre. L'immobilité est le lien avec la perception du sens corporel. Un nouvel équilibre peut se manifester dans le corps et participe à la restauration de l'homéostasie. Vibrations À la suite de Swedenborg, disons que les vibrations sont présentes partout dans la nature même dans ce qui parait solide et dur, comme le bois, la pierre ou le métal. Il est seulement nécessaire d'utiliser un moyen de transmission de ces vibrations : une membrane dilatée. La vibration d'une corde va entrainer une réponse vibratoire dans une autre corde ; de la même façon une membrane va influencer une autre membrane ; à condition qu'elles soient toutes les accordées dans la même tonalité. De même des vibrations dans l'air vont produire des cercles qui peuvent être entendus de tous cotés à partir du centre du mouvement, à condition que la masse entière ne soit pas mobilisée. Les vibrations ont des millions de variations différentes. Ces lois vibratoires font parties de la perception humaine. Notre expérience ne suit pas seulement les lois newtoniennes mais des lois vibratoires à découvrir, à partir de ce fulcrum vibratoire. Fulcrum vibratoire C'est un lieu géométrique où est expérimenté différentes sensations : cela peut inclure, vibrations, chaleur, froid, démangeaisons, pulsations, différentes qualités de vitesse des tissus, tensions et densité, sons, couleurs ; ce n'est pas un endroit mécanique qui amène à un point d'équilibre ; il ouvre de nouvelles portes de perception. C'est un point de réceptivité optimale, un lieu de transformation. Un fulcrum est en relation au moins avec les trois dimensions de l'espace. C'est le centre du mouvement d'expansion/rétraction [34] quand relié au temps. Le neutre est le lieu de vibrations maximales en lien avec le temps pas seulement linéaire. Le neutre Le neutre est un point d'équilibre. Il n'y a pas de tension. C'est une perception très spécifique, différente d'un still point qui peut être ressenti partout à l'intérieur ou à l'extérieur du corps ; c'est le goulot d'un sablier. Le point neutre est une perception en tant que telle, ce n'est pas un modèle précis. C'est un point de réceptivité optimal [35]. C'est comme être au bord de quelque chose, une limite qui amène à l'horizon, lui-même n'ayant de limites [36]. L'art de l'ostéopathie commence avec le neutre, la page blanche, le silence entre les notes qui précède l'harmonie de la mélodie amenant au calme dynamique [37]. A partir de l'immobilité, les espaces deviennent des couleurs, le silence devient une harmonie, le silence entre les mots parle, l'ostéopathie développe la présence [38]. De l'immobilité de la présence, l'intention du thérapeute est de laisser la perception du mouvement, du rythme, et de la dualité se manifester. Pour Sutherland, le neutre est l'endroit où le mécanisme vital est perçu en mode mineur ; c'est le lieu d'échange maximal [39]. Cela peut également être vu comme un passage symbolique de transformation (changement de forme), de sublimation, de transmutation (changement de son essence même), une forme de passage de la mort à la vie. Le point neutre peut être une réappropriation [40] qui aide à percevoir le sens corporel comme sensation corporelle spécifique. A ce moment, l'intuition, et non seulement l'intelligence, est le véritable guide pour le traitement, au-delà de l'égo ; c'est une pratique de transformation dans une approche existentielle de la santé. La santé étant le principe vivant dans un corps vivant [41]. Dans une autre dimension, c'est le début du véritable traitement [42]. La cinquième dimension de l'ostéopathie [43] L'étude des êtres humains commence par une introspection qui ouvre ensuite de nouvelles portes : les éléments connus de l'ostéopathie peuvent s'inscrire dans un cercle partant de chacun de nous et limitant ce qui reste à découvrir. Cette limite est l'« espace entre », l'horizon de la recherche ; toutefois soyons prêts à de nouveaux défis car les limites d'aujourd'hui sont factices : « l'horizon pénètre toutes choses »[44]. Partant du toucher, de la palpation, il est nécessaire de rechercher d'abord un fulcrum vibratoire puis un point d'équilibre- point neutre- comme outil diagnostic ; par exemple, si une unité vertébrale apparaît en ERS, le point neutre est la clé de tout traitement biomécanique ; à partir de ce neutre, point d'équilibre de l'univers physique tridimensionnel, diagnostic nécessaire, le thérapeute peut trouver alors une forme de calme ou d'immobilité propice au traitement ; c'est le lien avec le temps linéaire, la quatrième dimension : le goulot d'un sablier : un calme dynamique [45], un équilibre au sein d'un système vibratoire. On doit alors abandonner le connu, tout ce que l'on cherche à retenir avec notre cerveau et que l'on tient entre les mains. Quand cela se produit, le libre arbitre amène une puissance invisible à se manifester derrière le calme dynamique ; le détachement casse les chaînes qui nous conditionnent : environnement social, bagage scolaire, culture, médias, frontières religieuses, croyances et peurs. L'ostéopathie devient alors un accomplissement personnel de libération du moi, une confiance, une ouverture à l'intuition, au don de soi [46]. Cette quête existentielle place l'égo, la personnalité, à sa juste place et met en avant l'identité et le salut. Le bonheur peut être défini à ce moment comme un état d'être, un silence vibratoire dans le moment présent source d'énergie. Il ne peut pas être trouvé par la concentration, ou dans des livres ; il est une expérience liée à une attention libre de résistances physiques ou émotionnelles ; il nécessite de se laisser « toucher » par l'univers dans cet espace/temps à 5 dimensions de la même façon que nous « touchons » le patient. Il ne peut être exigé comme un dû. Il ne dépend pas des conditions extérieures ou de personnes mais de la façon dont nous percevons, interprétons nos relations aux autres au sein de la nature. Marcher sur ce chemin ouvre de nouvelles perspectives d'espace et de temps. L'ostéopathe expérimente dans le calme dynamique la cinquième dimension de l'ostéopathie : Quand j'ai demandé à Rollin Becker, qu'est-ce que cette immobilité (stillness) à l'intérieur de la marée dont tout le monde parle ? J'ai dit, je ne peux pas le sentir, je ne peux pas le percevoir, à moins que je le reconnaisse comme provenant d'une autre dimension. Et il a dit, oui, c'est d'une autre dimension. Ce n'est pas dans cette dimension. C'est d'une autre dimension [47]. La dimension du temps présent n'est pas une théorie, un savoir. C'est une expérience subjective et individuelle, une connexion avec la connaissance et l'être. Nous ne pouvons pas la chercher, elle se laisse trouver grâce à la synchronicité perçue dans les forces physiques connues régissant le monde matériel : la gravité issue de l'électromagnétisme, les forces nucléaires fortes et faibles ; leur point de convergence s'explique aujourd'hui par la théorie des cordes permettant d'unifier ces forces à travers leur caractère vibratoire. Nous appelons le point d'équilibre, de silence entre les mouvements, le StillPoint ; ce peut être une nouvelle dimension du temps « chiros », du temps présent non linéaire, non dual et non causal mais chaotique ; dans cette dimension du temps : Un espace entre, une interface permet d'unifier ce qui apparaît séparé à nos cinq sens par le mental. Un signal mécanique sensoriel entraine une réaction physiologique, la mécanotransduction [48] dans un champ de cohérence en forme de torus La transformation n'a ni début, ni fin ; la loi naturelle implique que rien ne se crée, rien ne disparaît, tout change [49]. Seul le changement ne s'arrête pas. Le calme dynamique obéit à ses propres lois informationnelles ; une expérience non duale. Un fulcrum pour un troisième système respiratoire [50] de type vibratoire avec ses propres rythmes et amplitudes dont le générateur est le système cardiaque. Un lieu de Santé ; un espace/temps où s'exprime la puissance d'agir relié au Souffle de Vie Cette dimension est présente partout dans la nature, dans les membranes et le cœur de chaque particule vivante. C'est une nouvelle identité qui ressemble au bonheur : « Le bonheur est un état qui a besoin d'être préparé, cultivé et protégé par chacun. Les gens qui apprennent à être maîtres de leur expérience intérieure peuvent déterminer la qualité de leurs vies et approcher aussi prés que possible de ce que nous appelons le bonheur. [51]. Comment faire de chaque moment où nous posons les mains sur une personne et de chaque événement « le meilleur moment de notre vie » et comment expérimenter la qualité de cet instant avec les « patients » pour favoriser son évolution vers le meilleur ? La neuroception peut être un début d'explication neurologique à l'aide des neurones miroirs. La théorie polyvagale et la nociception [52, 53] Le système nerveux autonome SNA est classiquement décrit comme un système permettant de réguler différentes fonctions automatiques de l'organisme (digestion, respiration, circulation artérielle et veineuse, pression artérielle, sécrétion et excrétion) avec deux parties : ortho et para sympathique. Longtemps, il a été négligé car les humains le partage avec les animaux et il est moins noble que le cortex et le système nerveux central. Il joue un rôle essentiel dans l'adaptation au stress [54]. La théorie polyvagale est une théorie phylogénétique des réactions adaptatives au défi ; elle concerne au premier chef la vision dynamique de l'ostéopathie. Dans ce contexte historique, la théorie polyvagale a été présentée (Porges, 1995) comme un modèle émergent de régulation neurale du système nerveux autonome. Le nom polyvagal est utilisé pour souligner les diverses caractéristiques du nerf vague qui comprennent des efférences provenant principalement de deux noyaux sources dans le tronc cérébral et la prévalence des afférences. Les trois principales réponses adaptatives du système polyvagal sont : l'immobilité : réponse reptilienne de survie correspondant à la partie non myélinisé du nerf vague ; elle entraine des troubles digestifs, une diminution de l'activité métabolique, un visage figé. le mouvement : fight/flight : chez les mammifères, la partie myélinisée du nerf vague venant du noyau dorsal moteur ; sécrétion de cortisol, le nerf vague est inhibé et l'orthosympathique déclenche le mouvement, le combat ou la fuite. la bonne adaptation et la communication sociale. C'est la partie myélinisée ventrale du nerf vague venant du noyau ambigu ; elle entraine une régulation cardiaque, une expression faciale de communication avec l'entourage, des babillements et vocalises ; une bonne relation affective par le toucher apportant sécurité, confiance. Au niveau endocrinien, sécrétion d'ocytocine, de vasopressine. Si l'enfant se sent en sécurité, la croissance est bonne, le cœur en équilibre permet de lutter contre les inflammations et le noyau central régule les nerfs crâniens en lien avec l'expression du visage et de la face. La régulation nerveuse suit la variabilité cardiaque, amenant santé physique, émotionnelle et mentale. La maladie est alors un langage et chacun peut être acteur de sa guérison. Les études sur la variabilité cardiaque ont été développées par la société Heartmath [55]. Les signaux envoyés par le cœur peuvent être utilisés pour ramener le calme dans l'ensemble du corps ; ils impactent fortement le cerveau qui réagit en permanence aux informations venant du cœur. La courbe du rythme cardiaque est naturellement irrégulière, c'est la variabilité cardiaque VRC qui est dû au SNA ; la synchronisation du système polyvagal et du système nerveux intrinsèque cardiaque est la cohérence cardiaque. Elle entraine un relâchement d'ocytocine et permet d'expérimenter du bien être, de l'empathie et améliore les fonctions cognitives. Le travail de facilitateur de la VRC de l'ostéopathe contribue également à équilibrer la nociception. La neuroception est l'adaptation humaine en lien avec la communication sociale. Les émotions vont entrainer des changements d'expression de la face et de la voix (Darwin), des changements de tension artérielle en lien avec le noyau ambigu. Le coté droit du cerveau est dominant pour contrôler les émotions primaires. Le langage dépend de la partie gauche corticale. La neuroception décrit comment les circuits neurologiques font la distinction entre les situations de sécurité, les dangers et les risques pour la vie. La neuroception explique pourquoi un bébé sourit à celui ou celle qui lui prodigue des soins et vit l'approche d'un étranger comme une agression. Les pathologies de la neuroception entrainent des troubles de l'attachement, comportementaux et une désadaptation vis à vis de la société. Avec la théorie polyvagale, l'adaptation à la société se détecte chez les nourrissons par leur interactivité ; les deux éléments clés sont : sensation de protection, de sécurité (system vagal dorsal) et bonne connexion avec l'entourage (system vagal ventral). Un bébé en danger va se replier sur lui et ne va pas communiquer (troubles autistiques). Le bébé va voir le monde à travers ces expériences initiales et l'ostéopathe peut intervenir par rapport à ce système polyvagal. L'adaptation chez les patients et au niveau social permet d'envisager un avenir et de la créativité pour notre société. La physiologie neuronale colore la vision du monde extérieur. Pour Stephen Porges, la compassion a une origine neuronale et se manifeste par un code affectif neural (contact visage contre visage ; câlins), un besoin biologique de relations avec autrui apportant sécurité et joie [56] ; ceci étant relayé par les neurones miroirs. Neurones miroirs Les neurones miroirs [57] sont une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu'un individu (humain ou animal) exécute une action que lorsqu'il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, ou même lorsqu'il imagine une telle action, d'où le terme miroir. Ils sont connus pour être à l'origine du bâillement. Il existe également des neurones échos. En neurosciences cognitives, les neurones miroirs joueraient un rôle dans la cognition sociale, notamment dans l'apprentissage par imitation, mais aussi dans les processus affectifs, tels que l'empathie. Vilayanur Ramachandran les appelle neurones empathiques. Les neurones miroirs sont considérés comme une découverte majeure en neurosciences ; ils constituent un élément central de la cognition sociale, depuis le langage jusqu'à l'art, en passant par les émotions et la compréhension d'autrui. Ils permettent d'expliquer la subjectivité des techniques employées en ostéopathie et la qualité des apprentissages à partir d'échecs personnels, qui deviennent autant de jalons sur le chemin de la connaissance de Soi au sein d'une intelligence biologique, émotionnelle et existentielle qui laisse émerger de nouvelles qualités dans la recherche de la santé. Cette évolution va entrainer une modification en profondeur personnelle : "Les neurones qui s'expriment ensemble forment un câble, les états mentaux deviennent des traits neuronaux, jour après jour, votre mental construit votre cerveau." Rick Hanson, PhD. L'Epigénétique L'Epigénétique explique que la société elle même peut être modifiée en profondeur : c'est la discipline de la biologie qui étudie la nature et les mécanismes des modifications réversibles et transmissibles lors des divisions cellulaires permettant de moduler l'expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique. « Alors que la génétique correspond à l'étude des gènes, l'Epigénétique s'intéresse à une « couche » d'informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l'être » « C'est un concept qui dément en partie la « fatalité » des gènes. » Dans l'histoire de ce sujet d'étude, l'Epigénétique est d'abord mise en évidence par la différenciation cellulaire puisque toutes les cellules d'un organisme multicellulaire ont le même patrimoine génétique, mais l'expriment de façon très différente selon le tissu auquel elles appartiennent. Puis ce sont les possibilités d'évolution d'un même œuf en mâle ou femelle chez les tortues, en reine ou ouvrière chez les abeilles, qui prouvent que des mécanismes peuvent lier des facteurs environnementaux et l'expression du patrimoine génétique. En matière d'évolution, l'Epigénétique permet d'expliquer comment des traits peuvent être acquis, éventuellement transmis d'une génération à l'autre ou encore perdus après avoir été hérités. La mise en lumière récente de ces moyens épigénétiques d'adaptation d'une espèce à son environnement est selon Joël de Rosnay « la grande révolution de la biologie de ces 5 dernières années »car elle montre que dans certains cas, notre comportement agit sur l'expression de nos gènes ;, c'est la grande révolution de la biologie actuelle [58]. La quête de la Santé « La santé est le principe vivant dans un corps vivant » [59]. « Find it, fix it and let it alone » [60]. Il faut donc chercher, “fixer” et laisser être libre [61]. Si « fix » peut être lié à l'attention et non forcément à une action physique, pour rechercher la santé, nous pouvons laisser l'attention la trouver. Le Still Point permet alors de focaliser dans l'éternel moment présent au delà du temps linéaire. La santé ne peut être définie ni circonscrite ; nous percevons seulement ses conséquences : joie, équilibre, bonheur, rayonnement, bien être. La santé est présente partout dans la Nature, bien que l'homme l'ait parsemé de traces artificielles [62]. La santé est présente aux différentes étapes de la vie, suivant des lois non newtoniennes que nous ne pouvons pas percevoir avec nos cinq sens et dans un univers à quatre dimensions 4D. Comment se manifeste la santé : L'embryologie de Eric Blechschmidt enseigne que la santé est présente dans les champs morphologiques qui précédent le développement des formes et structures anatomiques. Ce temps embryologique peut être perçu par l'ostéopathe. La santé ne peut pas être mesurée physiquement ; la loi de cause à effet est modifiée car d'autres causalités sont effectives Elle ne dépend pas de nous, mais se manifeste dans le vide de la relation entre le patient, le thérapeute et l'univers L'intuition et les synchronicités [63] en sont une manifestation dans le monde La relation thérapeutique nécessite un sixième sens, écrit Steve Paulus DO [64]. Dans son Autobiographie, Still parle de cinq cents sens en plus des cinq sens connus « Les doigts qui pensent : cela signifie être aussi loin que possible des sens physiques » W.G.Sutherland [65]. L'ostéopathie non newtonienne a été explorée par Nicholas Handoll DO [66]. Depuis Einstein, la science a le vertige ; elle offre des illuminations et des vibrations surprenantes depuis la plus petite particule connue jusqu'à l'infini des mondes imaginables ; la théorie des cordes en est un des derniers avatars, donnant des caractéristiques originales à l'univers visible. Les ondes gravitationnelles enregistrées par les télescopes humains valident les calculs centenaires de la physique quantique. L'être humain évolue au cœur d'une symphonie cosmique dont les silences sont les ouvertures vers d'autres dimensions. Ce que nos sens perçoivent actuellement de l'univers est parcellaire : nous voyons seulement une fine tranche du gâteau…et sur une seule face ; nous sommes loin de percevoir l'ensemble du cake [67]. La connaissance de soi, la méditation ou la prière permettent d'expérimenter ces autres lois de Santé. Le calme dynamique est le point de départ fondamental de cet univers multi dimensionnel [68]. Les résultats ne dépendent ni du thérapeute, ni de sa volonté de guérir ; c'est la loi fondamentale d'auto guérison de l'ostéopathie. ne cherchons pas de l'information, mais dé-couvrir une connaissance déjà présente en nous, dans les autres et partout dans la nature [69]. L'effet est alors une transformation profonde de l'Etre, un lien entre l'esprit et la matière appelé conscience [70] dont nous ne percevons pas les limites. « La vie humaine est éternelle » A.T. Still [71]. Libre perspective sur un monde sensible [72] Ces nouvelles découvertes scientifiques valident nos expériences sensorielles. Pour Goethe, les sens permettent l'accès partiel à un monde sans limites. Frédéric Lenoir rajoute que la connaissance de l'union de l'esprit/Mind/ et de la nature amène à un souverain bien [73]. Deux ostéopathies se manifestent ainsi : une statique, morte, dogmatique et normative, fondée sur un savoir répété par des perroquets intelligents et une dynamique basée sur les lois immuables de la Nature [74], acculturant Henri Bergson dans « Les deux sources de la morale et de la religion » ; il décrit une religion statique, dogmatique et normative fondée sur la crainte et une religion ouverte, dynamique à travers l'expérience mystique fondée sur les émotions et particulièrement l'amour. Pour Bergson, les émotions sont créatives et Antonio Damasio [75] reprendra la notion de « marqueur somatique » : une personne reconnaît les émotions déjà rencontrées et les utilise pour ses actions futures. L'ostéopathe puise dans sa banque de données émotionnelles pour décrire les expériences vécues par le patient qui se confie à lui. Forcément, les réponses seront différentes pour chaque thérapeute et chaque patient. Le cerveau émotionnel réagissant 600 fois plus vite que le cortex, chaque expérience va modifier la réponse émotionnelle qui va influencer le cerveau cortical et sa banque de données fronto pariètale mais non locale également. C'est une libération individuelle que le monde de la nature propose à travers des lois immuables. Nous construisons des lois humaines car chacun n'est pas suffisamment éveillé pour trouver seul le chemin de la connaissance, de la joie de la noosphère [76]. Parmi les lois rencontrées, certaines paraissent innées à l'âme humaine ; elles ne sont pas édictées par crainte d'un châtiment mais elles ouvrent le champ de conscience ; elles constituent « la fin ultime et le but de toutes les actions humaines » [77]. Sur mon chemin d'ostéopathie, ce sont les lois chrétiennes que j'ai rencontrées ; elles semblent immuables et venir du fond du cœur : « Quiconque aime est enfant de Dieu et connaît Dieu, mais celui qui n'aime pas son prochain ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour » [78]. « Le Christ a transmis des vérités éternelles, et, par là, il les libéra de la servitude de la loi et néanmoins la confirma et l'écrivit à jamais au fond des « cœurs » » [79]. Comme A.T. Still, Frédéric Lenoir inscrit le Christ dans une lignée de philosophes proposant l'union avec un Dieu immanent par la raison et l'intuition : « En réalité, le Christ a surtout initié une nouvelle voie spirituelle fondée sur la rencontre avec sa propre personne. Mais il a aussi transmis un enseignement éthique à portée universelle : non-violence, égale dignité de tous les êtres humains, justice et partage, primat de l'individu sur le groupe et importance de sa liberté de choix, séparation du politique et du religieux, amour du prochain allant jusqu'au pardon et à l'amour des ennemis. Cet enseignement est fondé sur la révélation d'un Dieu amour et s'inscrit donc dans une perspective transcendante. Il n'en demeure pas moins qu'il s'inscrit aussi dans une profonde rationalité. Ce message éthique est une véritable sagesse, au sens où l'entendaient les philosophes grecs. À telle enseigne que les philosophes des Lumières sont parvenus à émanciper les sociétés européennes de l'emprise des Églises en prenant appui sur cet enseignement, leur projet rationnel d'une morale laïque et des droits de l'homme apparaissant finalement comme une éthique chrétienne sans Dieu et décléricalisée. Pour bien faire apparaître dans le titre de cet ouvrage le fait que j'entendais présenter au lecteur le message le plus universel du Christ, une sagesse qui dépasse largement le cercle des croyants et le catéchisme des Églises, il m'est apparu opportun de présenter le Christ sous les trait du philosophe. Car n'est-il pas tout à la fois un prophète juif, un thaumaturge et un grand sage dans la ligné du Bouddha et de Socrate ? Les croyants ajouteront : Fils de Dieu ». « Je crois que Jésus entendait moins fonder une nouvelle religion que libérer l'être humain du poids des traditions religieuses, quelles qu'elles soient, en mettant l'accent sur la liberté individuelle et l'intériorité de la vie spirituelle » [80]. Le lien entre la maladie, comme langage, épreuve de sens et la « guérison, un impensé de la médecine » a été étudié par Jean Marie Gueulette en l'amenant à dresser un parallèle entre « santé » et « salut » : Dans le domaine religieux, la notion de salut désigne une forme de libération plus radicale, qui ne dispense pas l'être humain de passer par la frontière de la mort, mais qui lui donne accès à un mode de vie, à un mode de liberté qui lui seraient inaccessible par ses propres efforts [81]. Que fait un ostéopathe en posant ses mains sur un patient était la question posée : Reprenant l'analogie bien connue de l'attelage, l'ostéopathe prend soin de la carriole mécanique, mue par deux chevaux émotionnels avec leur système nerveux autonome, guidé par un cocher non conscient qui rate souvent l'objectif (notion de péché catholique) mais qui est censé obéir aux ordres du passager bien corticalisé ; il est soumis aux apparences et aux modes, bien à l'abri mais ressentant tous les aléas du trajet et suivant, par désir mimétique [82] la dynamic stillness venant du propriétaire. Celui ci ne peut être défini mais approché. Il est une conscience moniste non locale, immanent et transcendante que je reconnais en Christ qui est UN. Sans Lui, je suis nu, comme Adam. La carriole sera abandonnée par le propriétaire quand elle sera usée ou détériorée, utile pour un nouveau cycle dans la Nature. Ainsi quand je pose les mains sur un être vivant, laissant la puissance d'action se manifester dans la Joie et el Bonheur, je suis le modèle proposé par le Christ « Je vous donne ma Joie pour que votre Joie soit parfaite » [83]. Notes 1. Tricot P. Disciples de Colomb, www.approche-tissulaire.fr 2. Tricot P . Approche tissulaire de l'ostéopathie Sully 2002 3."The Discursive Formation of the Body in the History of Medicine" by David Michael Levin and George F. Solomon, in The Journal of Medicine and Philosophy, Vol. 15, pp. 515-537, 1990. 4.Upledger John 5. Still A.T 6. www.frop.fr Formation Recherche Ostéopathie Prévention 7. www.osteo-asethema.com 8. Wolf Fred The new Alchemy 9. Teillard de Chardin Pierre Place de l'homme dans le nature 1949 Albin Michel 10. Still AT Philosophy and mechanical principles 1892 p.248 ou voir le site de P.Tricot 11. Still A T in Ruddy, 1961 12. http://www.aamindell.net/dreambody-morin.htm 13. Extrait de Biogen déjà cité 14. Swedenborg E On tremulations 1714 15. Maurice Nicoll MD http://en.wikipedia.org/wiki/Maurice_Nicoll 16. Mettre au monde Van Eersel Patrice Albin Michel 2008 p. 421 17. Deepak Chopra Timeless Mind, Ageless Body From : “Consciousness and Healing ; Integral Approaches to Mind/Body Medicine” Timeless Mind, Ageless Body 18. Reflexe auriculo cardiaque de Nogier 19. Mouvements rapides des yeux 20. Jealous Jim 21. Caroll Lewis in Alice in wonderful land 22. Stanley Kubric 23. http://en.wikipedia.org/wiki/Focusing 24. Gendlin Eugin www.focusing.org 25. http://www.innerwisdoms.com/ www.biospiritual.org 26. Gendlin E 27. http://www.focusing.org/ 28. DAMASIO A. 29. Gendlin 30. http://www.hado.net/ 31. http://www.focusing.org/ecmpreface.html 32. Focusing in a sens of inner knowing 33. Potency 34. http://www.blogg.org/blog-54533-glossaire-4966.html 35. James Jealous ; cours d'ostéopathie biodynamique ; 1997 36. Heller Michael Science et quête de sens Presses de la Renaissance 2005 37. Dynamic stillness 38. Tricot P Approche tissulaire de l'ostéopathie Sully 2002 39. W.G.Sutherland Contributions of thought SCTF 1998 p. 218 40. Sueur Gérard 41. Becker R Life in motion p.63 ed. stillness press 42. Becker Rollin http://www.stillnesspress.com/books/life_motion.htm 43. Présentation au congrès du College Osteopathie de Montreal 2006 44. Michael Heller dans Science et quête de sens » ; Presses de la Renaissance ;2005 ; p. 319 45. dynamic stillness 46. Guillemant Ph La physique de la conscience, ed Tredaniel 2016 47. Sue Turner 48. jm.stephan chez acupuncture-medicale.org 49. Lavoisier 50. Renzo Molinari DO 51. Vivre de Mihaly Csikszentmihalyi ; 2005 ; ed Robert Laffont ; ISBN 2-221-10038-7, ; p.16 52. http://stephenporges.com 53. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1868418/ 54. Voir Hans Selye, Walter Cannon 55. www.coherence-cœur.com 56. http://stephenporges.com 57. https://fr.wikipedia.org/wiki/Neurone_miroir 58. de Rosnay J La symphonie du vivant 2018 ed Les liens qui libérent 59. Life in motion Rollin Becker DO ; page 63 60. A.T.Still 61. Le mot « fix » pose problème en anglais dans la tradition ostéopathique ; ce n'est pas forcément « ajuster » ou manipuler. D'après le dictionnaire Webster, fix vient du latin figere ; il signifie rendre stable ou stationnaire, immobiliser, transformer en unité stable, tenir ou maintenir fermement, capturer l'attention, ajuster, focaliser, enraciner. « a fix » est la position d'un navire en fonction des relevés effectués ; c'est la détermination de sa position. En mathématique, « a fixed point » est comparé à un point repère flottant. 62. Les pensées de Montaigne, d'après Cicéron ; livre III chap 13 ; de l'expérience ; p.850 ;ed Arlea ;1992 63. CG Jung 64. Health and the therapeutic process visible sur le site Internet de Steve Paulus DO :Interlinea 65. Contributions of thought, p.163 66. Anatomy of potency 67. Voir les physiciens de la théorie des cordes 68. Voir Cours de James Jealous DO 69. D'après Be still and know, conférence de Rollin Becker ; 1965 70. Voir Pierre Tricot, Approche tissulaire de l'ostéopathie. Tome 2, 2005 ; éditions Sully 71. Biogenese dans Philosophie et principes mécaniques ; A.T.Still ; 1897 ; Human life is eternal.We have no proof otherwise. The Philosophy an Mechanichal Principles of Osteopathy p. 258. 72. Goethe 73. LENOIR F. 2016 Le miracle Spinoza p.61 74. BERGSON H d'après « Les deux sources de la morale et de la religion » https://www.les-philosophes.fr/bergson/les-deux-sources/vente-livre-philosophie.html 75. DAMASIO A. 1995 L'erreur de Descartes 76. P.Teillard de Chardin ou Mind de A.T.Still 77. LENOIR 2016 p.69 78.I Jean IV 7-8 79. LENOIR 2016 p.89 80. LENOIR F. Extrait de « Le Christ philosophe « 2007 Le Seuil 81. Denizeau, Gueulette 2015 Guérir, une quête contemporaine Le Seuil p.33 82. GIRARD R. 1983 Des choses cachées depuis la fondation du monde 83. Jean 15 9-11
  • SDO 4 - À propos de l'étude sur la fiabilité de l'ostéopathie viscérale

    20 janvier, par Jean Louis Boutin — N°48 - Printemps 18 (Rés)
    « Les recherches entreprises sur le modèle de l'Evidence-based Medicine posent un problème à l'ostéopathie, focalisée sur la singularité de ses patients. Comment utiliser un modèle d'évaluation qui s'appuie sur des faits pour une thérapeutique dont une part conséquente des résultats dépend de la relation patient/thérapeute ? Comment utiliser une évaluation qui se veut analytique pour une approche de la santé fondamentalement systémique ? » Portière, 2015, p.7 [1]. L'étude de CORTECS [2] que nous publions dans le n°3 de La Revue du SDO [3] confirme le peu de ressources scientifiques en ostéopathie viscérale par manque de solidité des publications. Les points positifs de cette revue systématique montrent l'importance de la rigueur et de la méthodologie pour ceux qui veulent se lancer dans des études selon le principe EBM. Ce type d'étude soulève le problème d'ordre épistémologique, qui semble récurrent dans le domaine de la recherche en santé, de savoir quelle méthodologie est adaptée à la conduite de recherches et à l'évaluation de l'efficacité de pratiques telles que l'ostéopathie qui ne peuvent être comparées à l'administration d'un médicament ou à la prescription d'une technique. Elle souligne également que faire de la recherche et publier dans des revues scientifiques (avec peer-review) peut se retourner contre l'ostéopathie. Cela ne signifie pas que les études publiées sont mauvaises mais qu'elles ne répondent pas à la question posée par les auteurs de cette revue systématique. Le pourquoi de cette étude Une première question se pose : cette étude est le résumé d'un rapport sur le même sujet commandé par le CNOMK en 2016 et qui vient d'être publié [4]. : Pourrait-on connaître ce qui motive cette demande ? Cette étude n'aurait-elle pas pour but de vérifier que l'ostéopathie, selon les normes édictées et imposées par le CNOMK, n'est pas conforme à sa déontologie ? Et ne permettrait-elle pas ainsi au CNOMK d'éditer une recommandation, qui s'impose à tous ses membres, vis-à-vis de l'ostéopathie viscérale comme celle qu'il a publiée sur l'ostéopathie dans le champ crânien ? Cela ne veut pas dire que l'ostéopathie viscérale n'est pas conforme en général aux critères de la pratique ostéopathique telle que définie par l'OMS. Il est à noter que, bien avant la publication de cette revue, les auteurs s'étaient déjà prononcés a priori sur l'ostéopathie viscérale en l'évoquant en ces termes dans leur rapport sur l'ostéopathie crânienne : « L'ostéopathie viscérale repose sur la gageure [5] suivante : la perte de mobilité d'un organe pouvant entraîner une maladie, restaurer celle-ci augure d'une probable guérison » [6]. Pouvait-on dès lors attendre un résultat autre que celui-ci ? Un problème de modèle épistémologique ou de paradigme Avant et afin d'évaluer une pratique, il faut connaître son champ théorique et pratique pour choisir la méthodologie la plus adaptée à son étude. Si l'ostéopathie s'inscrit dans un modèle qui prône la complexité, la variabilité du praticien, la diversité des techniques et que son évaluation ne peut se faire en dehors de ce paradigme, alors elle est en droit de dire que l'étude présentée même si elle est bien menée ne peut conduire qu'à ce résultat et qu'elle montre l'insuffisance de la science qui ne répond pas à la problématique de l'ostéopathie. Il est temps que l'ostéopathie définisse son modèle épistémologique et écrive sur ce sujet en créant ses propres normes d'évaluation plutôt que d'être soumise à des règles d'évaluation peu adaptées à l'ostéopathie, qu'elles s'appellent EBM ou autre. Que serait une Ostéopathie Basée sur les Preuves ? Est-elle souhaitable ? Et est-elle cohérente avec le paradigme de l'ostéopathie ? L'utilisation systématique et exclusive des méthodologies EBM pour analyser l'efficacité des techniques ostéopathiques, qu'elles soient manipulatives, crâniennes ou viscérales, relèvent effectivement de l'abstraction : ces études expérimentales ne reflètent pas la pratique réelle de l'ostéopathie, elles ne sont pas facilement applicables sur le terrain parce qu'on ne trouve jamais ce type de patient et qu'on n'exerce jamais le seul protocole expérimental. Elles n'ont donc pas pour projet de conclure sur le réel. Ce type d'études peut avoir un intérêt ponctuel pour étudier un mécanisme très finement identifié auparavant. Mais, comme nous le savons tous, un traitement ostéopathique n'utilise pas une seule technique. D'ailleurs, même en allopathie, il ne viendrait à l'idée de personne de confondre l'efficacité d'un médicament avec celle de la consultation médicale qui, si elle est bien menée, apporte au patient des bienfaits au delà de la simple prescription médicamenteuse… Et la conclusion de l'étude auraient dû remarquer que l'analyse des données issues des études parcourues ne permettent pas d'établir, pour le moment, la fiabilité des études menées sur les tests d'ostéopathie viscérale à l'aide des outils mathématiques que CORTECS a choisis d'utiliser et dont CORTECS dispose à ce jour, outils contenus dans le paradigme scientifique actuel et étudiés uniquement à travers le prisme de la méthodologie employée. Les ostéopathes n'ont pas accès actuellement aux outils d'analyse qui permettraient de récolter les variables pertinentes avant et après traitement. Car, comme le souligne parfaitement Michel Serres, « Les Lumières nous ont donné l'idée qu'il n'y avait de raison que dans la science et qu'il n'y avait de science que de raison, alors qu'il y a de la raison dans beaucoup d'autres domaines. Les Lumières nous ont fait croire à l'unitarisme entre science et raison » [7]. Il semble donc nécessaire de dissocier deux types d'études différentes et complémentaires, l'une pour bien identifier la réponse de l'organisme à un impact ponctuel d'un stimulus précis, l'autre destinée à évaluer l'efficacité d'actes complexes sur des patients présentant, par exemple, une symptomatologie précise consécutive à une étiologie clairement identifiée. Il serait également intéressant que les ostéopathes s'informent des modalités de recherche et de publications inspirées par la méthodologie de l'évaluation économique des programmes de santé [8], et pas seulement des statistiques professionnelles [9]. Dans ce domaine, il existe des opportunités pour mettre en avant ce qu'apporte vraiment et concrètement l'ostéopathie dans le quotidien. De la méthodologie employée … Cette étude semble bien menée sur le plan méthodologique. Toutefois, on peut remarquer une certain forme de subjectivité dans la conduite de la recherche. En effet, les critères d'inclusion, le choix d'analyser les risques de biais ne laissaient pas beaucoup de place à d'autres résultats. Bien qu'il ne soit pas question ici de remettre en cause ni le sérieux de l'étude ni la compétence des auteurs, il aurait été appréciable que dans la discussion, ceux-ci nous disent si de telles études ont été réalisées sur d'autres thérapies manuelles conventionnelles et ont montré des résultats positifs. Car on peut se demander si l'exigence demandée dans cette étude est accessible et réalisable, voire si elle existe vraiment. Comme de poser la question à CORTECS : présentez nous une étude qui montre que ce que vous reprochez à l'ostéopathie ne peut être reprochée à d'autres pratiques non conventionnelles ? …et de la méthodologie d'évaluation L'ostéopathie se doit de développer des méthodologies d'évaluation spécifiquement adaptées à des pratiques intégratives [10] afin de rendre compte du bénéfice pour le patient de la mise en œuvre d'un ensemble de techniques au cours d'une séance. L'ostéopathie n'est pas la seule à s'interroger sur ce sujet, un groupe de thérapeutes spécialistes en méditation de pleine conscience, doutant de la trop grande efficacité démontrée par les études sur leur pratique, a commencé récemment un travail en ce sens, partant également du constat que l'EBM n'est pas adaptée à leur démarche (Le Monde du 10 janvier 2018). Sur les choix d'inclusion/exclusion des études Les critères d'inclusion des études sont extrêmement sévères, ce qui semble normal et ambitieux pour l'ostéopathie : les résultats doivent donc être interprétés sur la base des exigences imposées par les auteurs. Si les résultats avaient été positifs cela aurait exceptionnel pour l'ostéopathie et même du jamais vu, y compris pour la kinésithérapie. Il faut tout de même se rappeler que la kinésithérapie autorise des pratiques sur la base d'un consensus professionnel (plus bas niveau de l'échelle EBM). Sur 1413 articles référencés, 1318 sont exclus sur la seule lecture du titre pour les études sur l'efficacité et 441 sur 455 sont exclus pour l'étude de fiabilité inter et intra-observateur. On peut se demander si cette revue systématique n'est pas passée à côté d'études intéressantes. Ainsi les auteurs n'ont pas étudié l'ensemble des travaux de Finet et William [11] ni ceux de Alain Métra [12]. Il est vrai que ces travaux ont été publiés par eux-mêmes et n'ont pas fait l'objet de publication dans les revues scientifiques. Cela pose la question du choix des critères d'inclusion qui est tellement élevé qu'il élimine un maximum d'études, et également celle de la possibilité de publication pour des équipes en dehors des laboratoires institutionnalisés !. Peut-être était-ce aussi le but recherché... Précisions de la Rédaction : Le Rapport complet n'était pas publié au moment où nous avons étudié l'article de Cortecs publié dans le BMC. Or, dans le rapport publié le 23 mars 2018, les travaux de Finet et William sont analysés. Par contre ceux d'Alain Métra n'ont pas pu l'être puisque le livre auquel nous faisons référence a été publié fin 2017. Les 6 articles retenus confirment également les erreurs récurrentes retrouvées dans les essais ostéopathiques. Le vrai problème réside dans la nature des recherches et les moyens mis à disposition des ostéopathes. Ils existent des personnes qualifiées pour répondre à des questions dans des domaines divers. Il est donc primordial que les ostéopathes posent les bonnes questions aux bons interlocuteurs. Concernant les recherches sur les actions du traitement ostéopathique, il est intéressant d'envisager des voies différentes pour l'approche viscérale qui sont déjà proposées par les neurosciences appliquées à l'ostéopathie [13], les propositions d'informations [14], et de formations [15]. De la discussion de l'étude Dans la partie « Discussion », les auteurs font des recommandations pour améliorer la méthodologie d'évaluation, (éviter les études menées par des étudiants, détailler plus la méthodologie, éviter les études qui excèdent 1 jour). Ces recommandations sont valables pour toutes les approches qui veulent se soumettre à l'EBM ou pour les études qui respectent les critères de recherche scientifique au-delà de l'EBM. Cette discussion ne va cependant pas au fond des choses. Les auteurs ne s'interrogent pas sur leur choix méthodologique et ne font pas véritablement de recommandations concernant spécifiquement la problématique de la recherche en ostéopathie dont les concepts et les méthodes de travail diffèrent de ceux de la médecine et de la kinésithérapie. Et notamment à propos de la fiabilité inter et intra opérateur : est-elle un critère de scientificité ? Cela doit pouvoir se discuter car, en ostéopathie, il est extrêmement difficile de trouver la même chose avec deux opérateurs distincts ou le même opérateur à deux temps différents. Est-ce un problème ou est-ce un point fort de l'ostéopathie ? Avant de décider que cela disqualifie l'ostéopathie, il faudrait pouvoir en discuter plus à fond. De même, recommander une standardisation des pratiques peut conduire à une uniformisation et à produire des résultats qui ne reflètent pas le "réel". Des études pragmatiques peuvent étudier la pratique comme elle est, c'est à dire sans modifier le terrain et non dans des conditions expérimentales en dehors du terrain. Il y a là un cadre qui paraît restrictif limitant les possibilités et les formes d'évaluation de l'ostéopathie. Conclusion Cette étude dont la méthodologie EBM ne semble pas être adaptée à une évaluation de l'ostéopathie qui est une médecine holistique - et pas seulement une simple thérapeutique - montre ainsi ses limites, d'autant que les nombreux biais sélectionnés a priori pervertissent considérablement l'exploitation d'une revue qui se qualifie de systématique. De ce fait, la conclusion de cette étude ne peut pas refléter la réalité de l'ostéopathie viscérale, tout au plus concerne-elle une absence de corroboration dans l'efficience, viciée par des tests dits d'ostéopathie viscérale dans l'exploitation seulement de certaines études. Évaluer une technique ostéopathique n'a de sens en soi que si cette évaluation s'inscrit dans la démarche thérapeutique globale et holistique qu'est l'ostéopathie, rendant de facto l'évaluation d'une technique antinomique avec l'idée même de démarche thérapeutique globale. Ceci n'est pas valable seulement pour l'ostéopathie mais pour l'ensemble des sciences en général : il n'est pas signifiant d'évaluer un fait expérimental en dehors de son contexte. Raison pour laquelle toute science évolue au sein d'un paradigme, d'un modèle établi sur des hypothèses simples, les études expérimentales ayant pour objet dans ce contexte de le démontrer et dans le cas contraire d'obliger la communauté scientifique à modifier son modèle conceptuel, son paradigme. Notre démarche globale ne peut échapper à cette approche et doit s'inscrire elle aussi dans un modèle conceptuel pour que les futures études produites cherchent à apporter des preuves selon notre conception de la médecine et de la thérapeutique ostéopathiques et non selon celle de l'allopathie. L'ostéopathie ne peut-elle pas elle-même définir que l'ostéopathie viscérale est recommandée par consensus sur la base de l'avis d'experts ? Les résultats de l'article de CORTECS démontrent seulement que l'ostéopathie ne peut prétendre au gold standard de l'EBM ou qu'il n'y a pas encore eu d'études pertinentes et bien menées sur cette problématique ; mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas des indices qui font consensus pour la pratique de l'ostéopathie viscérale. Et ceci, c'est à l'ostéopathie de le dire, et non pas à l'ordre des kinésithérapeutes ni à CORTECS. La Rédaction et le Comité de lecture du SDO. Notes 1. Portière Emmanuel, « L'ostéopathie, une approche complexe du patient » mémoire du DU Philosophie de l'ostéopathie, (2014-2015), http://www.ucly.fr/les-formations-par-niveau-de-diplome/du/memoire-du-philosophie-de-l-osteopathie-l-osteopathie-une-approche-complexe-du-patient-par-emmanuel-protiere-148784.kjsp?RH=1438241046003 (consulté le 9 mars 2018). 2. Fiabilité du diagnostic et efficacité clinique de l'ostéopathie viscérale : une revue systématique ; Albin Guillaud, Nelly Darbois, Richard Monvoisin and Nicolas Pinsault. BMC Complementary and Alternative Medicine BMC series – open, inclusive and trusted 201818:65 - https://doi.org/10.1186/s12906-018-2098-8 3. La Revue du SDO n°3 4. L'ostéopathie viscérale - Octobre 2016 - Rapport CORTECS. Sur commande du Conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Réalisé par Albin Guillaud, Nelly Darbois, Nicolas Pinsault, Richard Monvoisin. Publié le 22 avril 2018 sur le site du CNOMK, http://www.ordremk.fr/wp-content/uploads/2018/03/rapport-cortecs-osteopathie-viscerale-24-02-2017.pdf (consulté le 23 mars 2018). 5. Gageure : « Action, projet, opinion si étrange, si difficile, qu'on dirait un pari à tenir, un défi à relever peu croyables et ressemblant à un pari hasardeux » Le Petit Robert, 1994 - « Action, projet peu croyables et ressemblant à un pari hasardeux » Larousse en ligne, accessible sur http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/gageure/35786 (consulté le 14 mars 2018). [Note de la rédaction] 6. L'ostéopathie crânienne, octobre 2015, p. 14. Rapport CORTECS. Sur une commande du Conseil National de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes. Réalisé par Albin Guillaud, Nelly Darbois, Nicolas Pinsault, Richard Monvoisin, accessible au format pdf https://cortecs.org/wp-content/uploads/2016/01/CorteX-CNOMK_Ost%C3%A9o-cranio-sacr%C3%A9e_Janvier2016.pdf (consulté le 14 mars 2018). 7. Michel Serres, « Des sciences qui nous rapprochent de la singularité », in Réda Benkirane (dir.), La Complexité, Vertiges et promesses : 18 histoires de sciences d'aujourd'hui. Le Pommier, 2002, p.379. Cité par Portière, op.cit., p.17. 8. Méthodologie de l'évaluation économique des programmes de santé, accessible sur www.medcost.fr/html/economie_sante_eco/principes.htm (consulté le 10 mars 2018). 9. Observatoire Socio-Economique de l'Ostéopathie, https://www.osteopathie-france.fr/l-osteopathie/documentation/1249-osesosteo. 10. Par pratiques intégratives, nous entendons « l'association des approches conventionnelles et non conventionnelles pour le bien-être du patient ». Cf Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Médecine_intégrative, (consulté le 14 mars 2018). Voir également Méthodologie de l'évaluation économique des programmes de santé, www.medcost.fr/html/economie_sante_eco/principes.htm (consulté le 14 mars 2018) et le Collège universitaire interdisciplinaire de médecine intégrative et thérapies complémentaires (CUMIC) document pdf, http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/63787/HEGEL_2017_04_12.pdf (consulté le 14 mars 2018). Le terme de pratique intégrative se réfère à des pratiques thérapeutiques intégrant un certain nombre de techniques différentes dans une même séance ou un même traitement, faisant suite cependant, pour ce qui concerne l'ostéopathie, à un diagnostic posé sur une approche systémique de l'organisme. C'est d'ailleurs le caractère systémique de la conception de l'individu, basé sur une interaction entre les différents systèmes le composant, contrairement à la conception « éclatée » de l'allopathie classique analysant organe par organe ou fonction pas fonction. C'est par exemple ce que font en médecine les médecins internistes, formés à plusieurs spécialités et posant sur le patient un raisonnement clinique intégratif. 11. Georges FINET D.O. et Christian Williame D.O.- Traité d'ostéopathie - 2016 - accessible sur la Biblioboutik : https://biblioboutik-osteo4pattes.eu/spip.php?article320 12. MÉTRA André et MONTEBELLO (De) Yun Kyung, Cahier d'ostéopathie pelvi-périnéale. Éditions Frison-Roche 2017, accessible sur la Biblioboutik : https://biblioboutik-osteo4pattes.eu/spip.php?article321 13. Anne-Julie Morand, Ostéopathe D.O. Les neurosciences appliquées à l'ostéopathie. Conférence présentée au Symposium International d'Ostéopathie Traditionnelle de Montréal, juin 2012. http://revue.osteo4pattes.fr/spip.php?article1387 (consulté le 10 mars 2018). 14. Laurent Fabre, Gestion de la douleur en Thérapie Manuelle : Analyse critique de nos pratiques appuyée sur les neurosciences, https://gestiondeladouleurenthrapiemanuelle.wordpress.com/author/chocololof/(consulté le 10 mars 2018). 15. Neurosciences de la douleur en ostéopathie. Journée scientifique du SFDO le 29 septembre 2017 - Marseille, Cet article a été publié sur le Site de l'Ostéopathie (SDO) le 27 mars 2018 et a été publié dans la Revue du SDO n° 4 Avril 2018
  • Bilan carbone et social de l'ostéopathie ...*

    19 janvier, par Patrick Chêne — Histoire et Philosophie
    « Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade. » Jiddu Krishnamurti ; Philosophe d'origine indienne, 1895-1986. Le titre est une invite à répondre à une question que vous ne vous êtes peut être pas posée ... Et pourtant le mot globalité est censé occuper une grande place dans notre "raisonnement" de soignant en ostéopathie. Mais il y a une acceptation courte : le symptôme douloureux qui, amène le patient Homme ou Animal à consulter n'est que la partie émergée d'un iceberg où la vraie tension anatomique est ailleurs dans son corps. Nos cours nous ont bien préparé à cette version courte et la tendance lourde de l'ostéopathie vers une reconnaissance voudrait que l'ostéopathie soit celle-là et seulement celle-là : une ostéopathie biomécanique. Pourtant beaucoup d'entre vous savent que si vous n'incluez pas les émotions et la façon de les vivre dans vos équations il manque un gros morceau à votre soin pour être percutant et durable. Très peu d'entre nous se donnent le droit d'aller mettre leur nez jusque dans l'air que nos patients respirent, dans les maisons qu'ils habitent, dans la façon dont ils s'insèrent dans la société et enfin dans la société dans laquelle ils évoluent .... Ce n'est pas notre rôle, nous ne savons pas, ne sommes pas habilités ... cloisonnement des différents métiers, cloisonnement de la pensée ... La globalité n'est plus. Pour continuer à être mieux "global", il conviendrait d'inclure l'ostéopathe dans cette globalité et de lui demander comment il se sent avec ses clients, avec sa façon d'exercer, avec son lieu d'exercice, avec l'administratif de son exercice ... tout cela influençant pour une bonne part la qualité du soin. A chacun d'y répondre selon sa tête et son cœur et de changer de dynamique si les réponses ne sont pas porteuses de sens pour lui. Sur ce point, je ne peux répondre que personnellement : l'ostéopathie et le soin par les mains et maintenant par la vibration sont pour moi, dans ma pratique de tous les jours, une fenêtre ouverte sur le vivant, sur le bonheur. Chaque fois j'ai tendu vers une ostéopathie qui me parlait mieux et me semblait plus efficace, je regrette juste de ne pas y être allé plus vite par peur de la bien-pensance, par peur du diktat de la bonne façon de soigner. Les seuls épines qui accrochent sont la difficulté à me faire comprendre en quelques phrases dans ce que je vis du soin et une administration globale sans souplesse qui voudrait que tout le monde soit un commerçant, comptable et écrivain besogneux ou bien l'exaspération de vivre dans une société apparemment facile mais qui en fait ne l'est pas et cache sa violence derrière des murs (physiques ou bien des mots). Oui, la plus grosse épine pour moi est cette société qui par certains aspects est magnifique mais n'en est pas moins une machine prédatrice et loin de l'humanisme que l'on m'a vendu à l'école. Depuis que je suis né les inégalités entre humains se sont renforcées de manière extrême, et la planète et le vivant ont pris un sacré uppercut, du simple temps de ma vie ....cela me questionne fortement. Et si vous avez vu mes commentaires sur facebook [1], alors vous savez que pour moi au présent de notre civilisation "triomphante" je pense qu'il n'y a que deux choses importantes : réduire les inégalités entre humains et nous penser inclus dans la biodiversité pour arrêter de faire des dégâts irréversibles, tout le reste n'étant, à mes yeux,qu'amuse-sots. L'urgence est de sortir d'une organisation pyramidale, pour renter dans une économie circulaire qui fonctionne sur la coopération et non sur la concurrence et cela en incluant le vivant et la terre comme des entités par ailleurs nos égales ... à moins de vouloir continuer à scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Alors effectivement parfois j'ai l'impression en soignant d'écoper un bateau qui coule : tel employé des télécoms qui a mal au dos parce que sa boite appliquant des techniques de plus en plus dures lui demande de faire des actes qu'il ne cautionne pas, telle employée de maison de retraite qui n'en peut plus des cadences, du manque de moyens et de la souffrance qui en découle ...dois je continuer ? Ou bien, soulager une vache élevée dans des conditions de plus en plus hors sol avec de la mauvaise nourriture, à qui on demande une production plus forte de lait et qui craque dans les mains d'un éleveur déprimé parce que le prix de la tonne de lait a encore baissé et que les contraintes règlementaires ont encore augmenté .... Ou bien tel cheval de club, boiteux, pas assez sorti de sa boite et mangeant trop de concentrés parce que la structure n'a pas assez de surface et que près de la ville il faut beaucoup de chevaux pour satisfaire des gens qui ne trouvent leur vital bol d'air que dans l'exercice de l'équitation ... Mais in fine, pour être global il nous faut quitter l'ostéopathe pour rentrer dans notre corps de profession et s'interroger sur ce qu'il apporte à notre société. Il est clair qu'avec une médecine manuelle décentralisée et qui demande peu de moyens, nous, les ostéopathes, paraissons alléger le bilan financier, carbone et polluant de la médecine en général. Une lombalgie soignée avec les mains, ce sont des examens complémentaires en moins dont ceux avec rayons X, ce sont des médicaments en moins, donc moins d'effets secondaires, moins de moyens pour les lobbies de l'industrie pharmaceutique, moins d'emballage dans les poubelles, moins de résidus qui ne partiront pas via les toilettes dans l'eau des rivières en augmentant le niveau général de pollution. Il est donc certain de ce point de vue que tout ce que nous faisons va dans le sens moindre emprise du financier et du meilleur respect de la nature, plus vers une action diffuse et circulaire, qu'organisée et pyramidale. Si par ailleurs, nous allons dans le registre des émotions au lieu de rester dans le mécanique, si en plus nous aidons le patient à cerner la punaise de sa vie qui le bloque dans ses élans et le contrarie ou le rend triste, alors en plus nous avons fait œuvre empathique, sociale et coopérative. Pour un animal, si nous avons pu pointer sur l'incohérence des conditions de vie, de nutrition, de mal être du gardien, alors nous avons aussi fait vraiment du bien à notre prochain et pas simplement remis une pièce en place jusqu'à la prochaine panne ... Et si parfois cette consultation permet à ceux qui en bénéficient de déclencher un rapprochement vers une vie qui les épanouit d'avantage, alors nous avons fait avancer une personne par elle même ou via son animal, mais nous avons aussi fait avancer la société. Notre cabinet de consultation ne fait pas partie des plus gourmands en électricité, eau, chauffage et matériels couteux. Nous pourrions avoir décerner du coup à l'Ostéopathie un satisfexit tonitruant, un label éco et socio-responsable ... Pourtant, il y a un point qu'il nous reste à travailler ... pour venir jusqu'à nous nos clients font le plus souvent de la route, quand ce n'est pas nous qui roulons pour aller les voir. Bien sûr un ostéopathe de grande ville verra des gens qui viennent à pied ou par transport en commun pour la plupart ... mais : un ostéopathe équin fera parfois plusieurs centaine de kilomètres dans sa journée. J'ai moi même fait un temps plus de 2000 km par semaine pour mes tournées. Un ostéopathe dans une petite ville verra ses clients prendre la voiture de façon quasi systématique et si lui ne bouge pas, son activité va générer un bilan carbone moins encourageant. Pour ma part, je me suis rendu compte que si mon lieu de vie était génial, perdu au fin fond de la France, mes clients faisaient en moyenne 50 km pour venir en consultation ... Alors comment résoudre ce zéro pointé sur ce point ? Demander à mes clients de rouler en voiture biodiesel ? ... non merci, parce qu'à la clé il y a une agriculture industrielle, faite de chimie, D'OGM, de gros tracteurs polluants et une concentration de la production qui donnent de la puissance à des lobbies pas très empathiques. leur demander de rouler en voiture électrique ? Bon, c'est pas mieux, charbon, nucléaire, j'en passe et des meilleures (les pots de vin de l'éolien ; le scandale du photovoltaïque quand les propriétaires s'apercevront qu'ils ont signé un contrat leur donnant la charge de la destruction des cellules en fin de vie ...) En attendant que l'industrie veuille bien mettre à notre disposition une voiture solaire à 100% et entièrement recyclable, sans obsolescence programmée, il reste à : organiser le covoiturage de nos clients à acheter un cheval et une roulotte et à faire de l'ostéopathie foraine (pas bien vue par les différents ordres ...) Ou bien est ce qu'en fait le problème n'est pas de vouloir avec les meilleures intentions du monde (savoir-faire ; technicité ; responsabilité) que le soin soit forcément un acte hyper technique qui s'apprenne en plusieurs années ce qui impose que derrière on en fasse une profession pour rentabiliser les années d'études payées parfois avec des emprunts. Parce qu'en fait, on pourrait imaginer une façon complètement différente de voir le soin manuel. Car si on admet avec facilité que tout le monde (ou presque) a deux mains, que l'on a démontré que le simple toucher bienveillant produit beaucoup d'effet... Alors est ce que l'on ne pourrait pas penser que l'on pourrait tout un chacun apprendre un petit bagage manuel et avec moins de savoir faire et des techniques moins pointues espérer un résultat similaire en plusieurs fois plutôt qu'en une, une intervention plus précoce puisque sans décision d'aller en consultation monétarisée. Il suffirait donc que les massages savants deviennent une institution comme l'apéro et plus besoin de nous ostéopathes en telle quantité et en telle urgence ... Nous pourrions alors nous occuper de notre jardin (de notre terre et de la biodiversité autour de nous, donc de l'urgence absolue des temps qui s'en viennent) avec une ostéopathie intermittente, coopérative et récréative (le rire n'est-il pas aussi un soin ...?). Avec des soins manuels décentralisés en réseaux, ne faisant appel à un professionnel que rarement en cas de difficulté ... et l'on résoudrait collectivement le problème du bilan carbone du déplacement de nos clients ... et si financièrement ce serait la cata, je pense qu'en terme de désespérance devant les animaux matraqués ou les nombreux déprimés cachetonnés nous gagnerions beaucoup d'enthousiasme devant des gens qui s'entre-massent et donc forcément s'interrogent plus eux mêmes sur leur tensions et iront moins loin dans l'auto-destruction C'est alors que je donnerais à notre profession le label vert et or de l'écologie et d'une société équitable ... Bon ...arrêtez moi si je déconne trop ! Et vous remarquerez pourtant que je suis reste à l'étage matière et que je ne suis pas rentré dans le vitalisme... Ceci dit pour être encore plus global et me punir de vous encourager vers une société qui se rapproche de " la belle verte" de coline serreau, je vous encourage à me dire que d'écrire de telles divagations sur un serveur à refroidir ne va pas arranger le réchauffement climatique, ni de le publier sur la version papier ! Mais honnêtement est-il possible encore de parler globalité sans finir par s'occuper du globe ? ... Petit globule perdu dans l'immensité de l'espace, grain de vie dans un océan de matière inerte ... un univers où la vie est à dose homéopathique en fait, mais quelle efficacité ! [1] étonnamment compulsif, tellement les sujets me touchent en ce moment Ou une portion censurée très d'actualité :
  • Le métier de journaliste, ça s'apprend

    17 janvier, par Alain Abehsera, Jean Louis Boutin — Généralités Ostéo.
    Sommaire Présentation Les sentiments de l'ostéopathe De l'importance des ragots Au nom de qui et quoi tu (...) L'ostéopathie : un peu de (...) Les muscles bougent Le Guide Michelin des Formatio La plèbe ostéopathique Deux tribus de DO Une ostéopathie cossue Une tête bien faite, une (...) Présentation Résumé Voici la première livraison de ce qui est appelé à devenir une chronique journalistique sur ce Site. Dédiée, en particulier, à la couverture de nos congrès, séminaires et autres fêtes ostéopathiques. Dans un souci de transparence, l'auteur préfère, au préalable, se présenter. À l'aide de détails biographiques ou évènementiels, il met ici en place le cadre anatomique et physiologique de sa vie professionnelle. Soulevant, au passage, des questions de principe et de technique, telles qu'elles se sont présentées dans leur contexte vivant… Présentation Au sein de cette famille ostéopathique française devenue fort grande depuis l'époque de mes premiers pas, je me présente. Je m'appelle Albert-Alain-Abraham Abehsera, alias les 5A. Un personnage actif dans la profession dans les années 70 du siècle dernier, et qui s'est mis en retrait ensuite, pour revenir à la charge, tel Richard Cœur de Lion revenu des croisades, et cherchant à récupérer ses terres de son frère félon. Ce n'est pas totalement faux, cette comparaison, car, comme le Roi-Lion, j'ai quitté l'Angleterre et la France pour Jérusalem, où j'ai habité de nombreuses années, avant de revenir ici. Le reste des infos sur qui fonctionne derrière ce nom, viendra au fur et à mesure de cet article et de ceux qui – j'espère – le suivront. Les sentiments de l'ostéopathe Le journalisme, c'est une manière bien particulière de parler des choses. Ce sont des idées rapportées mais aussi des sentiments. Le journaliste n'est pas supposé reproduire exactement le contenu sans se préoccuper du contenant. Ce n'est pas un appareil photo ni un enregistreur. Il doit pré-digérer l'info, la résumer, la rendre intéressante lorsqu'elle est ennuyeuse, colorée lorsqu'elle est grise. C'est un métier qui s'apprend et je ne l'ai pas appris. En plus, je suis ostéopathe de formation et, forcément, je manque de la distance que les journalistes ont, vis à vis de leur sujet d'enquête. Avouons que nous avons tendance, entre nous, à nous passer la pommade, à ne pas trop critiquer les contenus. On ne sait jamais, il y a des intérêts en jeu. Pourtant, le journalisme parmi nous me paraît bien nécessaire. D'abord parce qu'il y a des stages, des séminaires, des congrès dont le contenu passe à l'as, et c'est de l'information perdue pour ceux qui n'ont pu se déplacer ou payer, c'est-à-dire 98,4 pour cent de la profession pour chaque réunion. Mais aussi, il ne faut pas oublier l'autre boulot du journaliste, c'est la ‘critique'. Comme pour le cinéma ou les expositions artistiques, on devrait avoir des critiques de séminaires, de congrès, etc. L'ostéopathie, on l'entend sans arrêt, n'est pas qu'une science mais aussi un art, plein de la subjectivité de chaque auteur ou praticien. Qui dit art, dit possibilité de critique. Pas juste pour casser du sucre, mais pour recadrer chacun dans son fil historique, évaluer ce qu'il y a de vraiment nouveau ou ancien dans les discours et les pratiques, souligner les contradictions. Et donc, comme quand on va au cinéma, et qu'on regarde d'abord les critiques, permettre à chacun de se faire une idée. Sans oublier que, parfois, les critiques se ramassent une grosse gamelle quand un film pulvérise les records d'audience malgré le snobisme des spécialistes qui l'avaient massacré dans la presse. De l'importance des ragots En plus, le journalisme de nos jours doit compter avec l'aspect people. Est-ce une information inintéressante que de rapporter les détails conjugaux ou financiers des uns et des autres ? Non… J'avoue modestement que j'aime lire la presse people, de temps en temps. C'est un discours léger sur les choses sérieuses et qui, en fait, est pétri de morale. En montrant le roi nu, on rappelle l'humanité de chacun, et on demande à voir l'adéquation entre ce que les gens importants disent et ce qu'ils font, ou disent qu'ils font. Ça, c'est très important, pourvu qu'on se préserve de la médisance. Prenons un exemple ostéopathique. Un ostéopathe vient à la tribune faire une communication de posturologie, ultra-pointue et documentée. Rapporter ses dires, ses courbes et histogrammes, est, certes, important. Mais on est en droit de parler de ses autres courbes, celle de sa colonne. Quand un posturologue discourt et qu'il a une bosse de bison, des épaules rondes et du ventre, on peut se poser des questions. Donc, me voilà écrivant à Bruno Ducoux, le directeur de la FROP, lui proposant, sans raconter tout le blabla qui précède, que j'aimerai couvrir l'évènement qu'il organise à Bordeaux. Bruno est un garçon qui est au garde-à-vous pour les principes de l'ostéopathie. Ce qu'il sent être bien pour la profession, il l'accepte si on le lui propose. Et c'est ce qu'il fait avec une grande gentillesse. Pourquoi me connaît-il et accepte-t-il ? L'histoire est longue, mais nous avons une bonne relation. Je signale que je vais venir avec d'autres ostéopathes. On devait être trois, mais la troisième se désiste pour cette fois-là. Elle interviendra dans les prochaines chroniques. Mon partenaire, pour le congrès, répond au nom de Jean-Edouard Crombez de Rémond de Montmort (je vous jure que c'est vrai). Je n'ai pas confiance dans mon jugement de DO blasé, et je sens la nécessité d'être accompagné par un diplômé récent, qui aura le point de vue de la vaste majorité de la profession actuelle, les fameux ninis. Et surtout, l'aide de quelqu'un qui est installé et se confronte aux problèmes quotidiens du cabinet. Moi, pour le moment, je ne consulte pas. Pour l'instant, car j'espère, mais je le dis depuis si longtemps, que je vais remettre le couvert. En attendant ce jour que je redoute, les opinions des ostéopathes en exercice valent mieux que les miennes. Je ne regretterai pas ma décision de venir accompagné, car, rapidement, je me prends à avoir des critiques sur ce que j'entends, et Jean-Edouard, me recadre. Normal, c'est un aristo, et il me rappelle le devoir de noblesse auquel je tiens tant, d'habitude. Au nom de qui et quoi tu parles ? Quelques mots de plus sur qui je suis, sur la légitimité de mon discours. Je suis DO de 1975 – temps plein en Angleterre - et fait ensuite mes études de médecine en France. J'ai pratiqué et enseigné notre art quelques années, jusqu'en 2000. À cette date, j'ai dû me retirer de toute pratique suite à un burn-out très sévère. J'ai failli mourir au champ d'honneur ostéopathique. Succomber en soignant quelqu'un d'autre aurait pu être une belle fin, mais je me suis arrêté à temps. J'ai dû cesser mon activité ostéopathique commerciale mais pas mon implication dans la profession. Qu'il s'agisse d'écriture, d'enseignement ou de traitements, car je peux dire que j'ai fait, depuis mon arrêt de travail, au moins un traitement ostéopathique par jour. Enseigner, par contre, pas trop. Car mon grand problème, ces dernières années, s'est résumé ainsi : comment enseigner ou pratiquer un art qui a failli me tuer ? Ou mieux, un art avec lequel j'ai failli me tuer. Car il ne faut pas accuser l'ostéopathie en soi, mais notre manière de la pratiquer. De peur de transmettre un enseignement mortifère, je me suis beaucoup restreint dans ma communication. Et j'ai pu explorer cette terre vierge à ma connaissance : l'éventuelle toxicité de l'ostéopathie pour le praticien comme le patient. Voilà ma quête et le gros dossier que je veux ouvrir pour nous tous. L'ostéopathie : un peu de bien, un peu de mal Ce n'est pas que notre santé qui est jeu, mais aussi notre capacité de soigner, voire de guérir. Je confie une de mes espérances : lorsqu'on aura débarrassé l'ostéopathie de ses effets toxiques potentiels ou réels, elle va exploser dans ses résultats cliniques. J'y crois dur comme fer. Elle fait dans le lombago pour le moment, car c'est là qu'elle est la moins dangereuse, mais pas très efficace. L'ostéopathie retournera – en mieux et plus fort – aux jours bénis de sa création – une médecine générale – quand elle aura trouvé son bien et son mal. Pour le moment, elle est une technique du bien-être, une parmi cent autres. En effet, elle n'est supposée apporter que du bien, et donc fait peu de bien, et probablement peu de mal. Pour qu'elle passe en mode ‘faire beaucoup de bien', il faut qu'elle repère avec précision le « beaucoup de mal » qu'elle pourrait également causer, ce qu'on appelle, en médecine : indications et contrindications. Pour le moment, pas une ligne n'existe sur les contrindications de l'ostéopathie, fonctionnelle en particulier (fascia, écoute, biodynamique selon les divers noms sous laquelle elle s'est fait connaître). Pas une ligne, pas vraiment, car j'ai écrit quelque chose là-dessus, racontant mon burnout. Dans le cadre de cette quête, mais aussi, tout simplement, parce que j'aime l'ostéopathie, j'ai décidé d'aller aux congrès et aux séminaires, voir et entendre ce qui s'y dit. Un patient par jour Depuis que j'ai arrêté la pratique en cabinet, je l'ai dit plus haut, j'ai eu, au moins, un patient par jour. Et ce patient quotidien, ça a été et continue d'être moi. Grâce à ce rendez-vous qui prend tout mon agenda, petit à petit, ça a été mieux. Mon burnout, ses manifestations pathologiques, s'est incliné devant mon ostéopathe intérieur. Quinze années de traitement ostéopathique quotidien. Quand notre profession sera plus connue, je serai candidat au Guinness. Au fur et à mesure de cette amélioration dans la santé, trop heureux de retrouver la vie, la marche, la course, la capacité de soulever, j'ai pensé partager l'info, et donc écrire, enseigner à nouveau et, pourquoi pas, ré-exercer, rouvrir un cabinet. Gagner ma vie (comme on dit, car peut-être, on la perd aussi) avec ça. L'idée me tente, à ce jour, mais j'ai gardé une peur bleue de rattraper le burn-out. Comment l'éviter ? Comment ne pas sentir à nouveau que je me suis fait pomper ma substantifique moelle à l'issue d'un traitement, avec en prime, un patient qui se sent, lui, très bien ? Je me suis posé assez rapidement la question : comment les autres ostéopathes gèrent ce problème ? Est-ce général ? J'ai donc fait ma petite enquête. Avec toutes sortes de réponses. On en reparlera. En parallèle, et toujours dans la perspective d'une réinstallation, je me suis dit que la politesse vis-à-vis de mes futurs patients, malgré mes titres, c'est de redevenir étudiant. Revoir les choses à la base, entendre ce qui se dit depuis que je suis sorti de mon école, voici 40 ans. J'ai donc cherché où étudier, discrètement. Les muscles bougent Parmi mes fonctions honorifiques récentes, on m'a demandé de faire passer les jurys de DO à l'école IDO à Paris. Un exercice sympathique qui m'a remis un peu dans l'ambiance de ce que les étudiants comprennent et pratiquent. Au cours d'une session, se présente à moi l'opportunité d'étudier chez un ostéopathe installé et qui enseigne. Il s'agit d'Hervé Julien, qui promeut une idée assez intéressante : l'existence d'un mouvement musculaire permanent (MMP), qu'on pourrait également qualifier de motilité musculaire spontanée et rythmique. En bref, il pense que les muscles striés ont leur motilité propre, sur le rythme connu des ostéopathes sous le nom de MRP. Cette idée me plaît instantanément car elle correspond bien à ce que j'avais senti en écoutant les tissus. Quand on sent, sur un genou, une alternance de rotation interne et externe, en même temps qu'une abduction/adduction et flexion/extension, il paraît assez évident que la meilleure explication, la plus saine et la plus logique, c'est une contraction alternée des muscles agissant sur le genou dans toutes les dimensions, et moins probablement, la sécrétion de trois gouttes de LCR dans les ventricules cérébraux. Hervé Julien considère donc que ce MMP est une explication tout à fait pertinente de beaucoup de ce qui se dit au nom du MRP, le mouvement respiratoire primaire des ostéopathes crâniens. Ayant adhéré à cette idée, je viens à ses cours, me mêlant avec des étudiants, pour la plupart, beaucoup plus jeunes que moi. Je trouve ça super de jouer l'ignorant, et de s'apercevoir assez rapidement, que, pas besoin de jouer, on l'est réellement et que c'est bien de recommencer… Cette histoire de MMP, au lieu de ou en parallèle au MRP, c'est pas mal du tout et ça a pas mal de conséquences au niveau pratique et clinique. Au bout de la formation, et devant l'absence, comme d'hab, de volontaires, me voilà bombardé secrétaire de l'association créée par ce même Hervé Julien, Teutaros, pour promouvoir ses idées et sa pratique. Teutaros, c'est le nom d'un bouvier auquel Zeus a confié l'éducation de son chouchou Hercule. En particulier, pour le parfaire dans le tir à l'arc. La colonne vertébrale étant un empilement d'arcs, je me suis dit que c'était pas mal trouvé, ce nom. Et on ne sait jamais, si on a la bénédiction de Zeus, ça ne peut qu'aider… Le Guide Michelin des Formations C'est donc, pour vous épargner de nombreux détails très importants mais dont l'énumération serait fastidieuse (expression tirée du film ‘les Rois Mages'), dans ce cadre de secrétaire d'une association ostéopathique, que je concocte l'idée de rajouter comme corde à mon arc, de devenir journaliste. Mêlé aux étudiants, je me suis vite aperçu que c'était une question vitale pour notre profession. Non seulement, quelqu'un qui veut étudier notre art, en France, doit choisir parmi près de 70 écoles (plus que dans le monde entier paraît-il !), mais en plus, après, on lui propose une pléthore de formations en tous genres. Sans compter celles qui se déroulent à l'étranger. Avec des prix souvent faramineux, rendant la participation aléatoire. Ça laisse un petit goût amer de se dire qu'après 4 ou 5 années d'études, on a juste acquis la compréhension de base qui permet d'aller à des séminaires où, enfin, on va apprendre la vraie ostéo, pas le truc scolaire. C'est certes désespérant et crée beaucoup de confusion. On entend vite les questions que se posent les jeunes diplômés : qu'est ce qui est nécessaire à mon installation ? De la pédiatrie, de la gynéco ? Améliorer mon structurel ? Le fascia, le viscéral ? Il n'existe aucun guide Michelin pour toutes ces formations. Et c'est là que le vieux machin que je suis peut jouer un rôle. Ça m'ennuie de me singulariser comme cela, mais il faut bien qu'un des Anciens – ce que je suis – rende ce service aux plus jeunes, et les aide à choisir, à déterminer ce qui est essentiel ou pas. Et je tiens à affirmer du haut de ma chaire de professeur sans université, qu'en gros : ne pas s'affoler. Ce que vous, les p'tiots, avez appris à l'école, quelle qu'elle soit, où qu'elle soit, pourvu que vous vous êtes assis et que vous avez écouté assez longtemps, c'est l'essentiel. Rien de ce qui se dit au dehors ne doit être conçu comme archi-essentiel, vital etc. C'est un Vieux qui vous le dit, qui, en plus, s'est pris à un moment, pour le Moise de l'ostéopathie. Tout est dans les bouquins, en particulier dans les livres d'anatomie et de physiologie (même sans commentaire ostéopathique), et dans vos cours. Le reste, c'est du plus, voire du moins. Mais c'est vrai qu'il y a des rencontres qui marquent, ensuite. Celles-là, on ne les détermine pas d'avance. Ce sont des surprises, qui, le plus souvent, viennent en cadeau, gratuites. La plèbe ostéopathique Dans le cadre de ce que vous avez compris comme ma logorrhée, nous arrivons, petit à petit, à ce congrès de la FROP. Il faut savoir que ces réunions grandioses qui nécessitent une ou des salles, des enseignants qui voyagent, qui sont pris en charge, un nombre d'inscrits minimal etc., c'est une vraie tannée à organiser. Et dans le cas présent, c'est Bruno Ducoux et ses collaborateurs de la FROP qui ont pris le temps et les risques. Un premier grand merci au passage. Un congrès, c'est un contenu, les communications, et un contenant : le lieu, les rencontres, la fille assise à côté de vous, ou celui qui prend la dosette de café que vous alliez attraper. On aurait pu mettre les congrès sur Youtube et partager le contenu, mais les rencontres ? Elles sont magiques. Pour ce brassage des idées et des gens, il faut remercier mille fois ceux qui se cassent la tête à organiser ces fêtes du savoir. Sans compter l'inévitable soirée de gala associée, où on peut boire un petit coup et se considérer très différemment les uns les autres. Au passage, petite digression/publicité : j'avoue, bien que cela énerve souverainement mes amis non-ostéopathes, éprouver une grande affinité pour ce qu'on appelle les DO (étudiants compris). Je suis sûr que les avocats, les menuisiers, les assistantes sociales ou les politiciens kiffent lors de leurs réunions. Chacun a son jargon, ses problèmes, ses défis, ses réussites etc. et ils doivent passer d'excellentes soirées entre eux. Les ostéopathes, on a la santé en commun à discuter, et c'est quand même chouette comme sujet. On n'est pas les seuls, c'est vrai. Mais on a un mélange de rationnel (notre côté ‘objectif', ‘scientifique') et d'irrationnel (‘subjectif', alias mystico-pété) qui, je crois est unique dans le monde des thérapeutes. Les médecins ne sont – ou espèrent n'être - que dans le rationnel. Nos confrères des médecines dites ‘complémentaires', homéopathes, acupuncteurs ou naturopathes, sont, eux, franchement plus dans l'irrationnel. Je dis ça sans jugement. Alors ce mélange paradoxal, ça attire des gens à mi-chemin du rationnel et de l'irrationnel, et ça fait des rencontres super. Deux tribus de DO Les ostéopathes ne sont pas conscients à quel point, ils sont paradoxaux. Dans les congrès, ça saute aux yeux. Imaginez comment se retrouvent, assis à la même table des gens qui font de l'ostéopathie ‘biodynamique' côtoyer des ostéopathes ‘structurels', que franchement, ils n'ont rien à voir du tout au tout, et qu'ils sont là polis, à se passer les desserts, n'ayant en commun que ces deux lettres après leur nom, D.O. Et ce D et ce O, les oblige à se parler poliment. Même si leurs bouquins, leurs articles et leur pratique n'ont plus rien de commun, à première vue. Le congrès de la FROP s'annonce donc comme un bon terrain de début, présentant d'emblée dans son programme, des personnes des deux camps qui caractérisent notre profession. En plus, cette grand-messe concerne un domaine où l'ostéopathie s'illustre fort, de nos jours, la pédiatrie. Convaincu donc de devoir y aller, pour mon bien comme celui de la profession et de l'Univers, mais pas sûr que je pourrai gérer la chose tout seul, je demande au trésorier de Teutaros, Jean Edouard, de m'accompagner pour le congrès de la FROP et il se dit enchanté. Il habite à Bordeaux, ce qui facilite bien les choses. Et de son point de vue, c'est une aubaine, une occasion pour un jeune diplômé de rencontrer les ‘grands' de notre profession. Une ostéopathie cossue Collège Ostéopathique Sutherland - 4, rue de Condé, Bordeaux Le mercredi soir, après un merveilleux covoiturage (petite publicité car je n'ai fait que des voyages merveilleux ainsi), arrivée à Bordeaux chez mon co-journaliste, qui sera mon hôte ainsi que son épouse, dans un appartement de caractère. Nuit de repos et, à pied nous marchons jusqu'au COS (Collège Ostéopathique Sutherland), rue de Condé, dans le centre-ville. Bordeaux, ça en jette ! Ça respire la réussite sociale, et, à la différence de Lyon, l'autre bourgeoise, fondée sur l'industrie et le textile, Bordeaux, c'est du bon vin qui est devenu de la belle pierre. Les locaux du COS, où se déroulent les ateliers du jeudi et du vendredi, sont à la hauteur de la ville. Allez, je ne résiste pas : ils sont COSsus. Je n'ai jamais vu une école d'ostéopathie comme cela, mais je n'en connais pas beaucoup d'autres. J'aurai même droit à une visite de l'école par le directeur. C'est beau, d'être de la presse ! C'est un jeune homme à l'allure d'étudiant, et je suis très impressionné par le nombre de salles aux noms évocateurs, Salle Magoun, Salle Littlejohn etc., de bureaux avec des gens occupés, de salles pour les étudiants et même un amphithéâtre. Sachant que des décrets sont tombés exigeant que les écoles montrent un certain sérieux sur le plan infrastructure - faisant que, paraît-il, pas mal vont fermer - le COS me semble hors de danger ! Ah, le temps de l'ASO, la première école fondée par Still à Kirksville dans une cabane de 20 m². Il n'aurait pas passé les décrets. C'était beaucoup de contenu dans un tout petit contenant. Une proportion que les autorités ne pouvaient, ni ne peuvent juger ! Une tête bien faite, une tête bien pleine ? Nous entrons dans la salle du premier atelier, un peu en retard. Le ton de la première intervention est énergique. On sent le sérieux. Un power point sophistiqué à l'écran. La conférencière donne l'impression d'être à fond dans ce qu'elle dit. Elle a un accent : Sylvie Lessard D.O., de Québec, venue nous présenter son travail sur la plagiocéphalie. Elle ne parlera pas du traitement des bébés, mais des poupons… Il y avait, comme ça, deux ou trois autres expressions marrantes pour nous. Vive la diversité des langues ! Pour le contenu de la communication, on pourra trouver ci-joint un rapport écrit par mon compère, Jean-Edouard, chargé de rapporter les dires des uns et des autres, poser quelques questions. Pour le mien, on attendra un peu. Je l'ai pourtant déjà écrit. Ça faisait bien. Mais suite à un échange de courriels avec l'auteur et avec ma conscience, je me suis aperçu que je n'avais pas marqué l'essentiel, et que je m'étais perdu dans mon raisonnement. Pour reprendre, pas dans le même sens, l'expression de Michel de Montaigne, cela touche à un paradoxe complexe, celui de la « tête bien faite vs. la tête bien pleine ». Dans la plagiocéphalie, on a une tête mal faite. Mais elle est peut être bien pleine. Doit-on intervenir alors ? Inversement, on peut dire que la tête mal faite ne peut bien se remplir. En termes ostéopathiques, cela s'inscrit dans un autre paradoxe : la structure gouverne la fonction, mais, tout autant, la fonction gouverne la structure. Je dois donc réécrire. En attendant que cela soit fait, je vous tire ma révérence et vous retrouverai plus tard avec plaisir. Pour ceux qui sont arrivés ici dans le texte, en ayant lu tout depuis le début (excluant les petits malins qui commencent par la fin), je vous remercie de m'avoir lu et rappelle que les paroles dites ci-dessus et plus tard, ci-dessous, n'engagent que leur auteur. À bientôt… Le Site de l'Ostéopathie remercie Alain A. Abehsera pour sa contribution Cet article a été publié sur le Site de l'Ostéopathie le 27-03-2015 à l'occasion du congrès de la FROP à Bordeaux en 2015
  • SDO 3 - Fiabilité du diagnostic et efficacité clinique de l'ostéopathie viscérale

    17 janvier, par CORTECS, Jean Louis Boutin — N°47 - Hiver 18 (Rés), , , ,
    Résumé RÉSUMÉ Contexte En 2010, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié des repères pour la formation en ostéopathie, dans lesquels les techniques viscérales ostéopathiques sont incluses. Le but de cette étude était d'identifier et d'évaluer de façon critique la littérature scientifique concernant la fiabilité du diagnostic et l'efficacité clinique des techniques utilisées en ostéopathie viscérale. Méthodes Les bases de données MEDLINE, OSTMED. DR, la Cochrane Library, Osteopathic Research Web, Google Scholar, le site Web du Journal of American Osteopathic Association (JAOA), le site Web de l'International Journal of Osteopathic Medicine (IJOM) et le catalogue du site Web de l'Académie d'ostéopathie de France ont été consultés jusqu'en décembre 2017. Seules les études de fiabilité interévaluateurs comprenant au moins deux évaluateurs ou les études de fiabilité intraévaluateurs comprenant au moins deux évaluations par le même évaluateur ont été incluses. Pour les études d'efficacité, seuls des essais cliniques comparatifs randomisés (ECR) ou des études croisées sur des sujets en mauvaise santé (toutes conditions, durée et résultats) ont été inclus. Le risque de biais a été déterminé en utilisant une version modifiée de l'outil d'évaluation de la qualité pour les études de fiabilité diagnostique (QAREL) dans les études de fiabilité. Pour les études d'efficacité, l'outil Cochrane sur le risque de biais a été utilisé pour évaluer leur conception méthodologique. Deux auteurs ont procédé à l'extraction et à l'analyse des données. Résultats Huit études de fiabilité et six études d'efficacité ont été incluses. L'analyse des études de fiabilité montre que les techniques diagnostiques utilisées dans l'ostéopathie viscérale ne sont pas fiables. En ce qui concerne les études d'efficacité, l'étude la moins biaisée ne montre aucune différence significative pour le résultat principal. Les principaux risques de biais relevés dans les études incluses étaient dus à l'absence d'aveuglement des examinateurs, à une méthode statistique inadéquate ou à l'absence de résultats d'études primaires. Conclusions Les résultats de l'examen systématique nous amènent à conclure qu'il n'existe pas de preuves solides et bien menées sur la fiabilité et l'efficacité des techniques en ostéopathie viscérale. Contexte CONTEXTE La pratique de l'ostéopathie a été fondée en 1874 par Andrew Taylor Still aux États-Unis [1]. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'ostéopathie est une médecine complémentaire et alternative qui consiste en des techniques manuelles de diagnostic et de traitement pour diverses affections (telles que les troubles musculosquelettiques et gastro-intestinaux) [2]. Les données empiriques fiables sur les différents types de techniques utilisées en pratique ostéopathique sont rares, essentiellement en raison de la faible représentativité des échantillons étudiés. Parmi tous les patients traités par des ostéopathes, le nombre de patients recevant l'ostéopathie viscérale varie considérablement, de 1% à 95% [3], [4]. Bien que l'enseignement de l'ostéopathie viscérale ait été interdit dans au moins un pays (en France [5]) (voir encadré), l'OMS a incorporé les techniques viscérales dans son référentiel pour la formation à l'ostéopathie en 2010 [2]. Toutefois, l'introduction d'une discipline dans les référentiels de formation clinique et, plus généralement, dans les systèmes de soins de santé devrait exiger des preuves rigoureuses d'innocuité, d'efficacité . Pour satisfaire à ces exigences, les techniques diagnostiques et les thérapies elles-mêmes doivent être à la fois fiables et efficaces. D'un point de vue historique, le concept d'ostéopathie viscérale a été introduit par l'ostéopathe français Jacques Weischenck dans les années 1980 [6]. La publication ultérieure en 1983 par les ostéopathes français Jean-Pierre Barral et Pierre Mercier [7] est celle sur laquelle se basent la plupart des ostéopathes. Selon la théorie proposée par ses fondateurs, l'ostéopathie viscérale est essentiellement décrite en termes mécaniques et se concentre sur les organes intra-abdominaux [6], [7]. Partant de l'observation selon laquelle les viscères intra-abdominaux se déplacent naturellement (par exemple à cause de la respiration), il est soutenu que cette mobilité pourrait être perturbée de la même manière que la mobilité articulaire peut être perturbée [7]. D'un point de vue physiopathologique, il est prétendu que ces troubles peuvent déclencher, augmenter ou maintenir des troubles musculo-squelettiques (p. ex. douleurs lombaires) ou gastro-intestinaux (p. ex. troubles de l'intestin irritable) [6], [7], entre autres. Par conséquent, les ostéopathes viscéraux suggèrent que ces troubles de la mobilité peuvent être détectés par palpation et traités par manipulation [6], [7]. À l'heure actuelle, aucun des aspects théoriques de l'ostéopathie viscérale n'a reçu de soutien empirique sérieux, si ce n'est la possibilité d'une perturbation de la mobilité des viscères [8]. De plus, aucune revue systématique n'a été effectuée sur les preuves de la fiabilité des techniques diagnostiques utilisées dans l'ostéopathie viscérale en intra et extra examinateurs (évaluateurs). Une revue de littérature a été réalisée sur l'efficacité des stratégies thérapeutiques dans l'ostéopathie viscérale [9]. Cette revue n'est malheureusement ni systématique (pas de méthodes de recherche, d'inclusion et d'analyse) ni spécifique à l'ostéopathie viscérale car elle comprend des études sur le massage abdominal. Le présent article présente deux revues systématiques pour identifier et évaluer de façon critique la littérature scientifique concernant 1) la fiabilité des techniques diagnostiques et 2) l'efficacité clinique des techniques utilisées en ostéopathie viscérale Encadré ENCADRÉ L'Arrêté du 25 mars 2007 relatif à la formation en ostéopathie, à la commission d'agrément des établissements de formation et aux mesures dérogatoires publié au J.O n° 73 le 27 mars 2007 page 5687 texte n° 43 - NOR : SANP0721336A [https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000273294] dans son article 3 stipule : « Tout enseignement relatif à une approche viscérale ou crânio-sacrée, à des pratiques se rapportant à la sphère urogénitale ainsi qu'à une pratique de l'ostéopathie chez la femme enceinte est strictement exclu de la formation ». Cet article a été abrogé par décision du Conseil d'État en date du 23 janvier 2008 suite au recours de l'AFO et du SNOF : Conseil d'État 1ère et 6ème sous-sections réunies, 23/01/2008, 304482 [https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000018259696&fastReqId=1660676417] Méthodes MÉTHODES Le protocole a été enregistré sur PROSPERO (CRD42016052861 : http://www.crd.york.ac.uk/PROSPERO/display_record.asp?ID=CRD42016052861) le 12 décembre 2016, et a suivi les recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) http://prisma-statement.org. Sources de données et recherches En décembre 2017, les sources documentaires suivantes ont été consultées : MEDLINE, OSTMED.DR, la Cochrane Library, Osteopathic Research Web, Google Scholar, Journal of American Osteopathic Association (JAOA), International Journal of Osteopathic Medicine (IJOM) et le catalogue de l'Académie d'ostéopathie de France. (Voir Fichier supplémentaire 1 : Annexe 1, pour les termes et équations de recherche). La recherche a été effectuée jusqu'au 21 décembre 2017. Aucune restriction n'a été appliquée en ce qui concerne la date ou la langue de publication. Par souci d'exhaustivité, une recherche complémentaire a été effectuée. Il s'agissait d'analyser la liste des références des articles inclus, de lire les revues systématiques précédentes et de communiquer avec des organisations professionnelles ou les auteurs d'études non publiées pour obtenir des études supplémentaires. Sélection des études Seules les études de fiabilité interévaluateurs comprenant au moins deux évaluateurs ou les études de fiabilité intraévaluateurs comprenant au moins deux évaluations par le même évaluateur ont été incluses. De plus, seules les études sur l'être humain (sujets sains ou malades) ont été retenues. En ce qui concerne les interventions évaluées, toutes les études relatives aux techniques mentionnées dans la littérature classique sur l'ostéopathie viscérale ou déclarées par les auteurs comme relevant du domaine de l'ostéopathie viscérale ont été retenues. Le bénéfice du doute a été accordé aux techniques dont l'appartenance à l'ostéopathie viscérale n'a pu être clairement établie. Pour les études d'efficacité, seuls des essais cliniques comparatifs randomisés (ECR) ou des études croisées sur des sujets atteints d'une affection quelconque (toutes conditions, durée et résultats) ont été inclus. En ce qui concerne les interventions évaluées, le même principe que pour les études de fiabilité a été appliqué (voir ci-dessus). Les autres critères d'exclusion étaient les suivants : essais non comparatifs, études non croisées, absence de mention claire de l'utilisation des techniques d'ostéopathie viscérale, études dans lesquelles des traitements combinés ont été évalués (comme dans le cas de la thérapie manuelle ostéopathique - TMO) sans analyse de sous-groupes et, éventuellement, études pour lesquelles la version intégrale du texte n'est pas disponible. Aucune restriction n'a été faite en ce qui concerne le type de maladie, le type de critères de jugement ou le type de services de santé. Le processus de sélection systématique s'est déroulé en trois étapes. Tout d'abord, une sélection a été faite sur la base du titre de l'article. Deuxièmement, chaque résumé a été évalué. À ce stade, les études qui ne répondaient pas aux critères d'inclusion ont été exclues. Enfin, les articles en texte intégral ont été lus pour une dernière application des critères d'inclusion. Un auteur a procédé à la sélection systématique. Pour les études réunies dans le cadre de l'approche complémentaire, leurs résumés ou, au besoin, les articles en texte intégral, ont également été analysés. Extraction des données et évaluation de la qualité Deux auteurs ont procédé à l'extraction des données. Les données extraites sont : la conception de l'étude (avec randomisation et procédures d'aveuglement), la taille et les caractéristiques de l'échantillon (p. ex., âge et/ou maladie ou critères d'inclusion), ainsi que les résultats principaux et secondaires. En ce qui concerne les études de fiabilité, des informations complémentaires sont présentées concernant les évaluateurs (nombre, qualification ou expertise) ainsi que l'analyse statistique effectuée. En ce qui concerne les études d'efficacité, une brève description des techniques mises en œuvre est également présentée. Conformément aux recommandations PRISMA http://prisma-statement.org, le risque de biais a été évalué de façon indépendante par deux examinateurs avec des formulaires standardisés. Dans le cas où les risques de biais ne peuvent être pleinement évalués en raison d'informations manquantes, l'auteur correspondant de la publication (ou à défaut, l'auteur principal) a été contacté pour obtenir les informations nécessaires à l'évaluation des risques de biais. Tous les auteurs ont été contactés le 20 décembre 2017. Les auteurs qui n'ont pas répondu ont été recontactés le 28 décembre 2017. Les examinateurs ont résolu les désaccords par la discussion et le consensus. Lorsqu'aucun consensus n'a pu être atteint, un troisième examinateur a pris la décision. Études de fiabilité En ce qui concerne les études de fiabilité, le risque de biais a été évalué dans chaque étude en utilisant une version modifiée de l'outil d'évaluation de la qualité pour les études de fiabilité diagnostique (QAREL) [10]. [Note : Par rapport à notre examen systématique précédent [10], nous retirons l'élément "expérience de l'évaluateur" parce qu'un étudiant en fin d'étude peut être mieux formé qu'un praticien récemment diplômé. De plus, il est toujours possible d'effectuer une analyse statistique de sous-groupe pour évaluer un effet d'expertise potentiel. Il est à noter que le retrait de ce point ne change pas la conclusion de notre examen précédent sur l'ostéopathie crânienne [10]]. L'évaluation générale du risque de biais pour une étude de fiabilité est : Risque élevé de biais "si au moins un élément est évalué avec un risque élevé de biais ; "incertitude majeure sur le risque de biais" si plus de deux éléments sont évalués avec un risque incertain de biais et avec tous les autres éléments avec un faible risque de biais ; "Une incertitude mineure au sujet du risque de biais" si deux éléments ou moins sont évalués avec un risque de biais peu clair et avec tous les autres avec un faible risque de biais ; et, dans l'ensemble, le "faible risque de biais" si tous les éléments sont évalués avec un faible risque de biais [10]. En plus de l'évaluation générale du risque de biais, les résultats des études de fiabilité sont analysés et interprétés. La fiabilité est jugée satisfaisante lorsque le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) est supérieur à 0,75 selon la classification de Fleiss ou lorsque le coefficient kappa (κ) est supérieur à 0,81 selon la classification de Landis & Koch [11], [12]. Les seuils fixés pourraient être considérés comme élevés pour les techniques manuelles. Cependant, comme l'ostéopathie viscérale est principalement fondée sur une hypothèse causale sans preuve, ces précautions ont été jugées nécessaires. En ce qui concerne les méthodes statistiques pour les études de fiabilité, selon Lucas et al. [13], on considère que le coefficient de corrélation intraclasse est approprié pour évaluer la fiabilité interévaluateurs lorsque les variables sont des variables quantitatives, ordinales, d'intervalle et de ratio, tandis que le coefficient kappa est approprié pour les variables nominales (c-à-d. catégoriques). Il existe d'autres mesures statistiques de la fiabilité, comme les corrélations Spearman ou Pearson, la concordance en pourcentage ou les mesures de précision (par exemple, les limites de confiance), mais elles ne sont pas adaptées pour mesurer la fiabilité [13], [14]. Études d'efficacité Pour les études d'efficacité, le risque de biais a été évalué au moyen de l'outil Cochrane sur le risque de biais [15]. Étant donné qu'un risque élevé de biais dans le domaine concernant l'aveuglement est inévitable dans le domaine de la thérapie manuelle, le risque général de biais est [10] : Risque élevé de biais "si au moins un domaine en plus du domaine concernant l'aveuglement est évalué avec un risque élevé de biais ; "Incertitude majeure de risque de biais" si deux ou plusieurs domaines sont évalués avec un risque incertain de biais et si tous les autres domaines (à l'exception de l'aveuglement) sont évalués avec un faible risque de biais ; "Incertitude mineure du risque de biais" si un seul élément est évalué avec un risque de biais peu clair, et si tous les autres (à l'exception de l'aveuglement) sont évalués avec un risque de biais faible ; et "Risque de biais faible" si tous les éléments autres que le domaine concernant l'aveuglement sont évalués avec un risque de biais faible. Rôle de la source de financement Cette revue systématique a été financée par le Conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes [CNOMK]. Le Conseil national des masseurs-kinésithérapeutes n'a joué aucun rôle dans la conception de l'étude, l'analyse de la collecte ou l'interprétation des données, ni dans la rédaction du rapport. Résultats RÉSULTATS Études de fiabilité 455 articles ont été identifiés après la recherche bibliographique systématisée. Parmi ceux-ci, huit ont passé les critères d'inclusion (figure 1). L'approche complémentaire a permis d'obtenir trois articles supplémentaires, mais un seul a passé les critères d'inclusion. Les caractéristiques de ces études sont présentées au tableau 1. Les articles exclus après examen du texte intégral sont disponibles dans l'annexe 2 avec leur raison principale d'exclusion. Table 1 - Résumé des études incluses portant sur la fiabilité du diagnostic de l'ostéopathie viscérale Légende "N" nombre ; "A" âge ; "CCI" coefficient de corrélation intraclasse. a Aucune information supplémentaire n'est donnée. b Seule le CCI fait l'objet d'un rapport parce que les autres mesures ne sont pas recommandées pour la fiabilité [16]. L'évaluation critique a permis de conclure qu'une étude démontrait une incertitude mineure sur le risque de biais [23] et que toutes les autres études de fiabilité présentaient un risque élevé de biais, en particulier en raison de l'absence d'aveuglement des évaluateurs (figures 2 et 3). [Note : Pour les études de fiabilité, cinq points sont concernés par l'aveuglement. Le premier point est "les résultats antérieures du test en cours d'évaluation" [13]. Le deuxième point, qui ne concerne que les études de fiabilité interévaluateurs, est la possibilité de communication entre les deux évaluateurs pendant l'étude [13]. Le troisième point est la possibilité de communication entre les deux évaluateurs lorsqu'un sujet est testé en même temps par les deux évaluateurs [10]. Le quatrième point est le suivant : "La connaissance de l'information clinique fournit une connaissance indirecte de la présence ou de l'absence du trouble ou de la variable d'intérêt cible et peut influer sur la décision d'un évaluateur quant au résultat du test. [13]. Par exemple, les antécédents cliniques. Le cinquième point est "les indices supplémentaires qui ne font pas partie du test" [13], comme les tatouages, les cicatrices chirurgicales ou l'accent vocal]. Sept études portaient sur la fiabilité entre les évaluateurs [16], [17], [18], [19], [20], [21] ,[22] et cinq sur la fiabilité à intraévaluateur [18], [19], [20]. Parmi les études sur la fiabilité interévaluateurs, trois portaient sur la mobilité viscérale et les trois études présentaient des résultats peu fiables [16], [17], [21]. Les autres études ont été conçues pour évaluer différents résultats, comme les variations de la posture [18], les tensions abdominales du diaphragme [19], l'emplacement d'un "dysfonctionnement ostéopathique viscéral" [20] ou d'une dépressibilité de l'organe [22], dont trois n'ont pas démontré la fiabilité [18], [19], [20] et une comportant un report sélectif [22]. Les cinq études portant sur la fiabilité intra-évaluateur se sont concentrées sur les mêmes critères de jugement mentionnés précédemment [18], [19], [20], [22] plus une étude sur les "tensions viscérales" [23]. Ils ont obtenu des résultats semblables à ceux des études de fiabilité interévaluateurs. Études d'efficacité 1413 articles ont été identifiés après la procédure de recherche standard. Six d'entre eux ont satisfait aux critères d'inclusion (figure 4). Dans l'approche complémentaire, 4 articles supplémentaires ont été trouvés, aucun ne répondant aux critères d'inclusion. Le tableau 2 présente les caractéristiques de ces six études. Les articles exclus après examen du texte intégral sont disponibles dans le dossier complémentaire 2 : Annexe 2 avec leur raison principale d'exclusion. L'évaluation critique a permis de conclure que 3 études ont démontré un risque élevé de biais [27], [28], [29], que l'une d'entre elles avait une incertitude majeure concernant le risque de biais [26] et que 2 d'entre elles ont été évaluées avec une incertitude mineure concernant le risque de biais [24], [25] (figures 5 et 6). D'autres problèmes sont apparus dans les études présentant un risque élevé de biais, comme l'absence d'un résultat primaire [26], [27], [28], [29], l'absence de correction de Bonferroni pour contrôler l'inflation du risque alpha [25], [26], [27], [28], [29], l'absence d'interprétation de la pertinence clinique des résultats, l'absence de comparaison entre les traitements et une évaluation subjective avec une procédure d'aveuglement imprécise [25], [26], [27], [28], [29]. Tableau 2 - Description des études incluses portant sur l'efficacité clinique des techniques utilisées en ostéopathie viscérale Légende GE : Groupe expérimental, G groupe, DSS différence statistique significative, GP groupe placebo, TMO traitement manuel ostéopathique, AML Amplitude du mouvement lombaire, MMST modifié : Test de Schober modifié a Compte tenu du risque de gonflement de la valeur alpha et par souci de clarté, les résultats des études qui n'avaient pas choisi les résultats de l'étude primaire et qui avaient utilisé plus de 15 critères n'ont pas été signalés. Discussion DISCUSSION L'objectif de cette revue fut d'identifier et d'évaluer de manière critique les études scientifiques concernant la fiabilité des techniques diagnostiques et l'efficacité clinique des techniques thérapeutiques utilisées en ostéopathie viscérale. Il n'existe aucune preuve de la fiabilité des techniques diagnostiques utilisées dans l'ostéopathie viscérale. La plupart des études présentent un risque élevé de biais et échouent à mettre en évidence une fiabilité des techniques pour les paramètres évalués. Étant donné que les différents biais détectés (particulièrement l'absence d'aveuglement de l'évaluateur et l'absence de randomisation de l'ordre des évaluations ) devraient conduire à une augmentation artificielle de la fiabilité mesurée [13], cela renforce l'argument selon lequel les techniques de diagnostic sont réellement non fiables. En ce qui concerne l'efficacité des techniques viscérales, seules les études présentant un faible risque de biais ou des incertitudes mineures quant au risque de biais sont discutées et considérées comme des preuves. Au total, deux études sont examinées ci-dessous. Premièrement, l'étude de Panagopoulos et al. [24] est un essai comparatif randomisé avec simple aveugle conçu pour évaluer l'efficacité de la manipulation viscérale en plus d'une " physiothérapie standard", comparativement à une "physiothérapie standard seule", pour la lombalgie. Le critère de jugement principal est correctement défini et cliniquement pertinent, même si la douleur autodéclarée est un critère subjectif. Les résultats ne montrent aucune différence statistique significative pour le critère de jugement principal (douleur à 6 semaines). Parmi les huit critères de jugement secondaires, une différence cliniquement significative est observée en faveur du groupe expérimental dans un seul cas (douleur à 52 semaines). Ce résultat pourrait motiver la réalisation d'une nouvelle étude avec la douleur à 52 semaines comme critère de jugement principal. Deuxièmement, l'étude menée par Haiden et al. [25] a été conçue sans placebo pour comparer les effets de l'ostéopathie viscérale en plus des soins habituels chez les nourrissons de très faible poids à la naissance. Un critère de jugement principal (temps d'évacuation complète du méconium en jours) et quatre critères de jugement secondaires ont été choisis. L'ostéopathie viscérale n'est pas plus efficace que l'absence de traitement supplémentaire pour accélérer le passage du méconium et améliorer la tolérance alimentaire des nourrissons de très faible poids à la naissance. De plus, dans le groupe expérimental, les durées de séjour à l'hôpital et d'alimentation entérale exclusive étaient respectivement de 34 et 10 jours plus longues que dans le groupe non traité. Bien qu'il ne soit pas possible de déduire les effets indésirables de l'ostéopathie viscérale à partir de cette seule étude, l'absence de traitement placebo dans le groupe témoin permet d'interpréter cette étude comme étant une preuve défavorable de l'efficacité de l'ostéopathie viscérale dans ce contexte spécifique. En résumé, les deux études analysées ne soutiennent pas l'efficacité des techniques viscérales dans les douleurs lombaires et pour les nourrissons de très faible poids à la naissance. Dans l'ensemble, la revue systématique présentée ci-dessus montre que la plupart des études portant sur la fiabilité ou l'efficacité de l'ostéopathie viscérale présentent un risque élevé ou incertain de biais. Ces résultats concordent avec la dernière revue sur l'ostéopathie crânienne [10] et plusieurs revues sur la thérapie manuelle ostéopathique (TMO) [30], [31], [32], [33]. Elles mettent en évidence la nécessité d'améliorer les standards de méthodologie de la recherche en ostéopathie. Par conséquent, tel qu'il a été entrepris dans le cadre de la recherche clinique sur l'ostéopathie crânienne [10], certaines recommandations sont fournies afin de produire des études méthodologiques à faible risque de biais et d'améliorer la qualité du report des études sur l'ostéopathie viscérale : D'abord, étant donné que toutes les études de fiabilité et deux des six études d'efficacité analysées ont été conduites par des étudiants en ostéopathie, et que toutes ces études sont cotées avec un risque élevé de biais ou une incertitude majeure quant au risque de biais, il est recommandé d'éviter (pour l'instant) les études menées par les étudiants en ostéopathie dans les futures revues systématiques, et nous constatons qu'il y a matière à amélioration concernant de la formation et la supervision des étudiants en ostéopathie. Deuxièmement, dans les études incluses dans la revue, la plupart des items sont évalués avec une incertitude sur le risque de biais. Cette situation pourrait être améliorée si les auteurs donnaient plus de détails méthodologiques. Toutefois, on peut soutenir que la longueur des articles est limitée dans de nombreuses revues scientifiques. Malheureusement, les auteurs choisissent souvent de raccourcir la section de la méthode, réduisant ainsi la possibilité de détecter les biais potentiels. Par conséquent, il peut être recommandé de publier des articles méthodologiques distincts ou d'ajouter des détails méthodologiques dans des annexes ou des documents additionnels à la publication. Troisièmement, en ce qui concerne les études de fiabilité, il peut être recommandé aux futurs chercheurs en ostéopathie viscérale de s'inspirer des éléments proposés dans cette revue systématique et basés sur le QAREL. Dans le cas des études de fiabilité interévaluateurs, il faut porter une attention particulière afin d'éviter que les évaluateurs échangent des renseignements pendant toute la durée de l'étude ; par conséquent, les études d'une durée de plus d'un jour ne sont pas recommandées. La possibilité de partage d'information entre les examinateurs exige des procédures pour éviter la mémorisation des résultats d'examen. En premier lieu, seule l'exigence minimale d'information clinique concernant les sujets doit être donnée aux évaluateurs et les séquences d'évaluation (sujets et évaluateurs) doivent être randomisées. De plus, l'aveuglement des examinateurs et des sujets doit être aussi rigoureux que possible. Halma et al [34], dans le domaine de l'ostéopathie crânienne, par exemple, ont mis en œuvre une méthode appropriée pour isoler l'évaluateur des indices visuels, auditifs, tactiles et olfactifs. Il convient également de noter que pour les études impliquant des évaluations simultanées par deux évaluateurs, les méthodes de Rogers et al. [35], Moran & Gibson [36] et Sommerfeld et al. [37], dans les études sur l'ostéopathie crânienne, pourraient servir de guide pour cet aspect méthodologique. Enfin, il est conseillé aux futurs chercheurs d'utiliser l'outil Cochrane sur le risque de biais pour concevoir une étude d'efficacité bien construite. De plus, la liste de contrôle CONSORT 2010 peut aider à mettre en œuvre un essai clinique comparatif randomisé rigoureux. Les précautions méthodologiques exemplaires adoptées par Panagopoulos et al. [24], mais aussi, dans le domaine de l'ostéopathie crânienne, par Elden et al. [38] et Haller et al. [39], méritent d'être soulignées. Cependant, les trois études ont un biais car les procédures thérapeutiques diffèrent (durée, praticien, etc.) d'un groupe à l'autre. Par conséquent, ce biais crée un risque de confusion entre les effets spécifiques et contextuels. Afin d'éviter ce biais, les futurs chercheurs devraient standardiser rigoureusement les différentes procédures thérapeutiques en ce qui concerne le nombre et la durée des séances, la relation praticien-patient, etc. De plus, la plupart des études n'ont pas évalué la crédibilité du placebo utilisé. Une telle évaluation devrait être réalisée dans le cadre d'études futures afin de compenser l'insuffisance de la procédure d'aveuglement spécifique au domaine. Enfin, lors de la conception d'une étude, il est important de spécifier un critère de jugement principal plutôt que d'effectuer des comparaisons multiples. Si plusieurs résultats sont retenus, une correction statistique devrait être prévue pour corriger l'inflation du risque alpha. Conclusion - Annexes - Déclarations Conclusion Dans l'ensemble, cette revue systématique montre qu'il n'existe actuellement aucune preuve de la fiabilité ou de l'efficacité spécifique des techniques utilisées en ostéopathie viscérale. Ces résultats concordent avec la dernière revue sur l'ostéopathie crânienne et soulignent la nécessité d'améliorer les standards méthodologiques de la recherche dans les thérapies manuelles, particulièrement en ostéopathie. Annexes Annexe 1 : Stratégie de recherche détaillée pour les études de fiabilité et d'efficacité Stratégie de recherche détaillée pour les études de fiabilité Stratégie de recherche détaillée pour les études d'efficacité Télécharger l'annexe 1 (fichier ODT) sur le site de la revue : https://ndownloader.figshare.com/files/10513471 Annexe 2 : Articles exclus après examen du texte intégral Articles exclus après l'examen en texte intégral pour les études de fiabilité Articles exclus après l'examen en texte intégral pour les études d'efficacité Télécharger l'annexe 2 (fichier ODT) sur le site de la revue : https://ndownloader.figshare.com/files/10513492 Remerciements Nous remercions Edward Ando et Philippe Prouvost d'avoir revu l'anglais du manuscrit. Financement Cette étude a été soutenue par le Conseil National de l'Ordre des Masseurs Kinésithérapeutes (CNOMK, www.ordremk.fr). Le promoteur n'avait aucune influence ni aucun contrôle éditorial sur le contenu de l'étude. Disponibilité des données et des matériaux Les documents à l'appui de cet examen sont contenus dans l'article ou dans des dossiers supplémentaires. Contributions des auteurs Conceptualisation : AG ND RM NP. Analyse formelle : AG ND RM RM NP. Acquisition du financement : RM NP. Enquête : AG ND RM RM NP. Méthodologie : AG ND RM NP. Administration du projet : AG NP. Ressources : AG ND RM NP. Supervision : NP. Visualisation : AG. Rédaction - version originale : AG NP. Lecture et approbation du manuscrit final : AG ND RM NP. Approbation éthique et consentement à participer Sans objet. Consentement à la publication Sans objet. Intérêts concurrents Les auteurs déclarent ne pas avoir d'intérêts concurrents. Note de l'éditeur Springer Nature reste neutre en ce qui concerne les revendications de compétence dans les cartes publiées et les affiliations institutionnelles. Copyright - Accès libre Cet article est distribué sous les termes de la licence internationale Creative Commons Paternité 4.0 International License (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), qui autorise l'utilisation, la distribution et la reproduction sans restriction sur n'importe quel support, à condition que vous donniez les références appropriées aux auteurs originaux et à la source, que vous fournissiez un lien vers la licence Creative Commons et que vous indiquiez si des modifications ont été apportées. La renonciation de Creative Commons Public Domain Dedication (http://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/) s'applique aux données mises à disposition dans cet article, sauf indication contraire. Références RÉFÉRENCES 1. Still AT. Autobiography of Andrew T. Still, with a history of the discovery and development of the science of osteopathy, together with an account of the founding of the American school of osteopathy [internet]. 1897 [accessed 2015 Nov 15]. 404 p. 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Titre original : Reliability of diagnosis and clinical efficacy of visceral osteopathy : a systematic review Les auteurs : Albin Guillaud, Nelly Darbois, Richard Monvoisin et NicolasPinsault BMC Complementary and Alternative Medicine BMC series – open, inclusive and trusted 201818:65 - https://doi.org/10.1186/s12906-018-2098-8 ou https://bmccomplementalternmed.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12906-018-2098-8 Cet article en accès libre (licence Creative commons) a été publié sur le Site de l'Ostéopathie le 20 mars 2018 et dans la Revue du SDO n°3 & l'Ostéo4pattes n°47 C - Mars 2018
  • 4e Colloque ROF 2019

    17 janvier, par ROF — Formations et stages
    Nous avons l'immense plaisir de vous inviter au 4ème Colloque Inter-disciplinaire en Ostéopathie qui aura lieu le samedi 16 mars 2019 à Lyon « Au-delà du Toucher… la Perception » Nous vous réservons de nombreuses surprises et des invités prestigieux. Le colloque prend une stature scientifique internationale par la présence exceptionnelle du Pr BERTHOZ, fondateur-directeur du Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l'Action, professeur honoraire au Collège de France et membre de l'Académie des Sciences. Vous aurez également à cette occasion la chance d'entendre et d'échanger avec un chercheur de l'INSERM, un docteur en Philosophie, ainsi qu'avec des ostéopathes de renommée internationale. Ils nous entraineront à leur suite dans leurs recherches, réflexions et expériences personnelles, afin de nous guider tout au long des questions suivantes : Qu'est-ce qu'est la Perception, à quoi sert-elle, et quelle est son importance ? Quels en sont les mécanismes neuro-physiologiques ? Comment arriver à percevoir ? Quelles sont les dispositions nécessaires ? Comment développer et enseigner la Perception ? Quels en sont les concepts et où en sont les recherches actuelles ? Quels sont les enjeux éthiques de la perception ? Lieu Hôtel Charlemagne 23 cours Charlemagne 69002 LYON Inscription : https://www.weezevent.com/colloque-rof-2019 Programme : https://www.osteopathie.org/110-colloque-2019.html FRANCE Voir en ligne : 4e colloque du ROF
  • SDO 2 - Ostéopathie, Recherche et Traduction : Regards croisés

    17 janvier, par Jean François Marchand, Jean Louis Boutin — N°47 - Hiver 18 (Rés)
    Renan BAIN Frédéric PARIAUD Présentation de la journée par Frédéric PARIAUD et Renan BAIN autour d'une thématique à l'ordre du jour : Ostéopathie, recherche et traduction. Compte-rendu Jean-François Marchand Différents « regards croisés » sont proposés durant la matinée par plusieurs intervenants, dont une représentante des éditions De Boeck Supérieure, Mme Florence LEMOINE, qui commence par la présentation et la genèse du dernier livre publié en septembre 2017 : Traité d'Ostéopathie par Anthony CHILA, traduit par 25 personnes et réalisé initialement par 80 co-auteurs américains. Cette initiative démarre par un partenariat avec les éditions De Boeck depuis 2007. Après l'activation du département de recherche IDO en 2009, c'est en 2012 que l'idée prend forme de traduire cet ouvrage de 1200 pages qui nécessitera une équipe de 25 traducteurs, sollicités pendant cinq longues années et surtout entre 2014 et 2016. Pour comprendre l'engagement des uns et des autres, il suffit d'entendre les propos de notre collègue Emmanuelle DAHAN ZEITOUN, co-traductrice de l'ouvrage et intervenante à l'hôpital Gustave Roussy, qui nous explique que tous les droits de traduction sont reversés à la fondation de l'hôpital. Dans le même ton, notre collègue Hervé KASPARIAN explique la motivation nécessaire pour aboutir à la publication d'un projet d'article [1] dans une revue comme le JAOA (octobre 2015), après un mémoire sur la sensibilité palpatoire passive. Co-traducteur également sur l'ouvrage cité plus haut, il insiste sur la nécessité de lire le chapitre 70 en référence aux travaux de Michael Patterson du « Traité d'ostéopathie ». Emmanuelle Dahan Zeitoun C'est avec une grande attention également que nous écoutons notre collègue Victor LOPEZ, ostéopathe et historien, qui intervient lors d'un colloque [2] de l'Université Catholique de Lyon (UCLY) le 8 février 2017 avec pour thème : « Que faire avec un récit des origines ? ». Nous découvrons toutes les nuances et pièges de la traduction des ouvrages fondateurs mis en avant par les travaux de l'équipe [3] du DU Philosophie de l'ostéopathie. Voir également l'intervention de Victor sur cette vidéo [4]. D'autres traductions sont programmées sur Lyon dans les prochaines années. Françoise VASSEUR HEMATY Puis nous découvrons l'intervention de notre collègue Françoise VASSEUR HEMATY qui évoque les réelles difficultés dans la traduction des écrits de John Martin LITTLEJOHN et de son plus proche élève Stanley Gilbert John WERNHAM. Françoise pointe du doigt les incohérences historiques et contextuelles qui contribuent à entretenir les interférences sur la sémantique, mais également la didactique qui font toujours défaut actuellement dans l'apprentissage de l'ostéopathie. Malgré des initiatives comme celle de Stéphane BEAUME [5] en novembre 2014, il n'existe toujours pas de consensus sur ce point. Avec la traduction du « Traité d'Ostéopathie », il est possible d'avoir un socle de base commun. Alain ABEHSERA Enfin, je garde le meilleur pour la fin ! Notre ami et collègue Alain ABEHSERA, fait référence aux traductions sur KORR et FRYETTE, mais déjà précurseur avec son « Traité de Médecine ostéopathique [6] » en 1986 avec une préface du Pr P. CORNILLOT quand même. C'est l'occasion pour lui de revenir sur le fondement des croyances et des certitudes à partir des écrits qui ne sont pas tous intéressants selon ses propos. Il manque toujours cette « envie » ou ce besoin de « découvrir » comme Christophe Colomb souvent cité dans la matinée, c'est ce besoin de se recentrer sur l'essentiel qui manque aux praticiens pour donner une nouvelle dynamique à l'ostéopathie Française. Après ces propos, Alain suggère que les traductions, dont cette dernière production des éditions De Boeck « Traité d'Ostéopathe », sont un socle commun nécessaire pour la construction de cette identité. Je vous invite à découvrir un article sur un blog concernant Alain avec une devise espagnole qui est devenue mienne. Guillaume BEAUVALOT Dernière intervention en fin de matinée de notre collègue Guillaume BEAUVALOT qui présente un projet collectif de recherche incluant des enseignants ostéopathes et étudiants autour d'une thématique ambitieuse : le système nerveux autonome. Pour parvenir à cet objectif, il existe un partenariat avec la solution Codesna [7] qui permet d'évaluer le stress chronique. Le procédé PHYSIONER délivre, en plus de la détection automatique des arythmies, des marqueurs physiologiques liés au stress et à l'équilibre du Système Nerveux Autonome. Pour finir, la liste complète des contributeurs au projet de traduction : Claire Allimant, Renan Bain, Camille Beaulieu, Eytan Beckmann, Emeric Boullay, Alix de Boysere, Guillaume Brard, Emmanuelle Dahan-Zeitoun, Antoine Degregori, Katia Ghazi Dahan, Hélène Guillerand, Naoël Hichri, Donatien Jamet, Hervé Kasparian, Magali Lovera, Hakim Mhadhbi, Vanessa Munoz, Frédéric Pariaud, Simon Sellam, Sophie Vallantin, Stéphane Vandendriessche, Jean-Jacques Vignaux, François Vigneron, Clémence Vincent, Juliette Wor Notes 1. Hervé Kasparian, DO (France) ; Ghislaine Signoret, DO (France) ; Jérôme Kasparian, PhD - Quantification of Motion Palpation - The Journal of the American Osteopathic Association, October 2015, Vol. 115, 604-610. doi:10.7556/jaoa.2015.121 http://jaoa.org/article.aspx?articleid=2445305&resultClick=1 (accès libre à l'article) 2. http://www.ucly.fr/agenda-de-l-ucly/colloque-que-faire-avec-un-recit-des-origines--181737.kjsp?RH=1453369785151 3. http://www.ucly.fr/formation-continue-/du-philosophie-de-l-osteopathie-141291.kjsp 4. Vidéo Victor Lopez : https://www.youtube.com/watch?v=ycJMfi8YMFs 5. Dictionnaire de Médecine Ostéopathique : https://www.osteopathie-france.fr/bibliotheque-du-site/2472-dictionnaire-de-medecine-osteopathique 6. Présentation du livre A. Abehsera : https://www.osteopathie-france.fr/bibliotheque-du-site/livres-techniques/586-livre-abehsera 7. La solution Codesna : https://www.codesna.com/fr/
  • SDO 2 - La Tenségrité, la Biotenségrité et l'Ostéopathie

    17 janvier, par A.O., Alain Abehsera, Jean Louis Boutin, Michèle Tarento — N°47 - Hiver 18 (Rés),
    Sommaire Considérations historiques La tenségrité appliquée au (...) Ballons et vélos en tenségrité De la mécanique à la chimie Ostéopathie et biotenségrité Points communs Nuances Commentaires du rédacteur Notes Bibliographie Sites Considérations historiques La tenségrité dans le domaine architectural Karl Loganson (1890-1923) peut être considéré comme un pionnier de la tenségrité. Sans en formuler les principes, cet artiste russe invente des structures simples, faites de tiges de bois associées entre elles par des fils, le tout réalisant un ensemble auto-stable. La plus caractéristique de ces structures a reçu le nom de ‘construction équilibrée'. Elle s'apparente au tripode de la tenségrité (modèle ci-dessous). Buckminster Fuller, un architecte américain (1895-1983), est celui qui posera les premiers principes de la tenségrité. En observant les éléments de la nature, il a l'intuition que ceux-ci sont maintenus ensemble de manière dynamique. En effet, classiquement, nous sommes tentés de penser que les arrangements les plus stables sont ceux qui relèvent d'empilements d'éléments cubiques ou parallélépipédiques. De son côté, Fuller cherche ce qui réunit les éléments de manière dynamique et il réalise qu'il faut, pour cela, donner la priorité aux triangulations dans les constructions. Dès 1927, il développe des projets d'architecture à partir de ce qu'il appelle ‘la géométrie géodésique' ; ces constructions sans piliers central, déployées selon des dômes, seront un préambule à ceux qui deviendront, plus tard, des édifices en tenségrité. L'une des constructions géodésiques de B. Fuller évoquera à certains auteurs l'architecture interne des cellules (cytosquelette) des globules rouges. Le Dôme Géodésique de Montréal (ou biosphère) réalisé en 1967 par B. Fuller est une construction d'allure sphérique entièrement constituée de triangles inter-reliés. Mais à la différence des modèles de tenségrité à proprement parler, les éléments en compression et ceux en tension ne sont pas distincts dans ces dômes ; de plus, cette structure qui n'est pas refermée sur elle- même échappe à l'autocontrainte. L'auto-contrainte est un terme que l'on peut définir comme la ‘tension – compression de base' caractéristique des structures en tenségrité. Elle se met spontanément en place lorsque la structure est refermée sur elle-même (comme nous le verrons dans les sculptures de K. Snelson et dans les icosaèdres de la tenségrité). La ‘fermeture sur soi' d'élément solides discontinus (par exemple, des baguettes de bois) mais réunis entre eux par des éléments souples en tension continue (des fils ou cordes) lui confère son dynamisme (corrélé à l'association synergique des forces de compression et des forces de tension). Elle permet à la structure de répondre aux contraintes extérieures sans se détruire. Suite à une déformation, une structure autocontrainte est capable de résister, tout en changeant de forme, puis de retrouver sa forme initiale. Autre caractéristique, elle accumule une quantité d'énergie susceptible d'être restituée. Une autre qualité remarquable des structures en tenségrité est qu'elles sont ‘imprévisibles', au sens où leur adaptation à une contrainte ne peut être calculée à l'avance. La somme des comportements de chaque partie ne permet pas d'anticiper sur que fera l'ensemble. Les parties ‘travaillent' ensemble de manière ‘synergétique', assurant une créativité constante dans l'adaptation. Le ‘jitterbug' est un modèle remarquable qui montre comment une forme géométrique complexe comme le cuboctaèdre va pouvoir se transformer en d'autres formes géométriques plus simples (octaèdre, icosaèdre) puis revenir à sa forme initiale. Autrement dit, la forme d'un élément du vivant peut passer par de nombreuses autres formes tout en pouvant revenir à chaque instant à l'état initial. L'architecte D.G. Emmerich (1925-1996) va créer de son côté des structures dites ‘autotendantes', très stables, légères, de faible coût, dans l'espoir de fournir des logements aux personnes en état de précarité. C'est dans les années 1950 que B. Fuller va progresser dans ses recherches sur l'architecture dynamique. Il va inventer le terme de ‘tenségrité' pour caractériser des montages qu'il qualifie ‘d'îlots de compression dans des océans de tension'. Pour nous ostéopathes, la phrase est particulièrement belle. On peut, en touchant un os du corps vivant, le considérer comme un ‘îlot de compression dans un océan de tension' ! Le choix du terme ‘tenségrité', bien qu'illustratif, pose cependant problème, car il privilégie l'un des aspects, la tension. Or, ce qui caractérise ces structures est la présence simultanée de tension et de compression. Au cours de cette seconde étape de sa réflexion, B. Fuller distingue clairement les deux forces comme étant bien séparées, mais faisant partie d'un ensemble continu. Le sculpteur Kenneth Snelson, suite à son assistanat ponctuel de Fuller, a conçu le premier modèle de tenségrité, en 1948, intitulé X Early X-Piece (http://kennethsnelson.net) ; on peut y voir les éléments (en bois) en compression bien séparés les uns des autres et à la fois immergés dans un système tensionnel continu (réunis entre eux par des fils de nylon). [KENNETH SNELSON - ART AND IDEAS - ESSAY BY ELEANOR HEARTNEY : http://kennethsnelson.net/KennethSnelson_Art_And_Ideas.pdf À une échelle beaucoup plus grande, le sculpteur va réaliser la première véritable structure en tenségrité qu'il appellera ‘Needle Tower' une Tour Aiguille d'environ 20 mètres de haut (http://kennethsnelson.net). Elle est à la fois stable et oscillante et sa stabilité est dynamique. Les tubes sont des cylindres en aluminium (en compression) suspendus séparément et réunis entre eux par des fils d'acier dans lesquels le vent circule de manière sonore, faisant de cette Tour un véritable instrument de musique. Un mini-modèle de cette Tour Aiguille est montré à l'assistance lors de la conférence. Cette mini-tour est gracile, stable et oscillante. Des pressions modérées, imprimées par la main, la font osciller sans la faire tomber. Lorsqu'elle est déformée par des contraintes externes, des réajustements s'effectuent qui sont faciles à voir. Au cours des multiples reconfigurations de la tour suite à la contrainte, son volume et sa forme sont préservés. L'audience a pu voir et ‘faire bouger' un mini-modèle de cette tour construit par G. Scarr (www.tensegrityinbiology.co.uk.). L'originalité de ces structures réside dans leur mode d'assemblage. René Motro les définit ainsi : « Un système en tenségrité est un système auto-stable constitué d'éléments discontinus comprimés dans un continuum d'éléments tendus. » Les éléments discontinus sont les barres solides qui ne se touchent pas, alors que les fils élastiques qui les réunissent forment un ‘réseau tensionnel' continu, des ‘îlots de compression dans un océan en tension' pour reprendre la phrase originale de Fuller. Ces systèmes fonctionnent par la synergie des éléments en compression et des éléments en tension. Cette synergie est responsable, à chaque instant et en tous points de la structure, de l'autocontrainte de l'ensemble. Le volume est maintenu, quelle que soit la forme adoptée suite à la contrainte, et la réactivité est immédiate. En d'autres termes, et alors que nous sommes face à des systèmes faits de bouts de bois et de fils élastiques, on a l'impression que l'assemblage est ‘vivant'. La tenségrité appliquée au monde du vivant C'est donc tout naturellement, suite à la réflexion purement ‘architecturale' de B. Fuller, que va se mettre en place une application des principes de la tenségrité aux systèmes vivants. Au milieu des années 1970, deux chercheurs vont développer ces idées, Steve Levin et Donald Ingber. Le premier est chirurgien orthopédiste et va appliquer la tenségrité à l'échelle macroscopique, alors que le second, biologiste, va la placer au niveau cellulaire. Pour S. Levin, les barres solides (discontinues) sont les os, alors que les câbles continus sont les aponévroses, ligaments et muscles. C'est S. Levin qui mettra en place la terminologie de ‘biotenségrité'. Quant à D. Ingber, il voit d'emblée le cytosquelette comme une architecture en tenségrité, où les microtubules sont les barres solides (discontinues), tandis que le système continu de câbles est supporté par les microfilaments et les filaments intermédiaires qui réunissent les éléments entre eux et au noyau. C'est ainsi qu'à la même époque, à la suite d'une rencontre avec les créations artistiques de K. Snelson (et aux travaux de B. Fuller), deux chercheurs ont appliqué, indépendamment l'un de l'autre, la tenségrité à toutes les échelles du vivant, du micro- au macro-. Il paraît évident à S. Levin que les modèles biomécaniques classiques, fondés sur la capacité de résister aux forces compressives via des bras de levier, ne peuvent expliquer l'extraordinaire répertoire des mouvements du corps humain et les contraintes qui s'y appliquent. Les calculs qu'il fait effectuer par des ingénieurs montrent qu'aucune structure ne pourrait supporter les contraintes subies par les trapézistes, les danseurs ou les haltérophiles. Le mouvement articulaire isolé de la biomécanique classique, envisagé sous l'angle du bras de levier, suppose une augmentation linéaire des déformations sous la contrainte ; or les systèmes biologiques, considérés dans leur globalité, répondent de manière non-linéaire selon une courbe en J , ce qui leur permet d'éviter déchirures tissulaires et fractures au quotidien. Qui plus est, la distribution des forces s'effectue dans toutes les directions (omnidirectionnelle), à l'inverse des modèles de bras de levier, où la contrainte est répartie de manière unidirectionnelle. S. Levin propose une modélisation du corps humain avec des configurations tenségrales du bassin comme des épaules, les deux étages étant eux-mêmes reliés en tenségrité à l'ensemble du corps. Tout mouvement est alors à la fois intégré et réparti localement, dans tous les éléments de cette échelle, mais aussi intégré à l'échelle globale, celle du corps entier. Il existe ainsi une véritable ‘solidarité' au sein des tissus et entre les tissus, solidarité qui permet de vivre les contraintes de manière fluide comme on le voit chez les danseurs de haut niveau, qui peuvent être ‘solides' (compressifs) tout en restant très souples (tensionnels). Ballons et vélos en tenségrité Ces exemples nous permettent de mieux comprendre le rôle de la tenségrité dans le vivant. Une articulation ou une cellule sont des systèmes complexes qui doivent se déformer en permanence. Ces déformations sont soit le fait de sollicitations internes (volonté de bouger ou fonctionnement cellulaire) ou externes (gravité, traumatismes). Or, pendant toute la durée de ces contraintes et la déformation – parfois extrême – qu'elles occasionnent, la forme et le volume de la structure vivante doivent être maintenus à tout prix. Ce maintien est assuré en ‘interne' dans le tissu déformé via le jeu entre éléments en tension et éléments en compression. Pendant la conférence, il nous a été donné de palper un autre modèle simple : le ballon de baudruche. Pourvu qu'il soit moyennement gonflé, un tel ballon nous donne à percevoir les deux forces synergiques de tension et compression. Un ballon gonflé peut être décrit comme une structure où d'un côté, on a la membrane en caoutchouc, et de l'autre, la masse d'air intérieure, dont les molécules cherchent à s'expandre. La tension dans la membrane est fonction de la compression de l'air. En appuyant légèrement, on a pu distinguer les deux éléments, ce qui fut, une expérience simple et une perspective toute nouvelle vis-à-vis d'un objet bien connu ! Nous avions devant nous un modèle tenso-compressionnel simple. Nous verrons, plus loin, que l'analogie au ballon n'est pas que pédagogique. Ce que J-C. Guimberteau nomme le système micro- et macro- vacuolaire, présent dans tout le système conjonctif, peut être considéré comme autant de ‘ballons de baudruches' qui répartissent et accommodent tensions et compressions, via la membrane de la vacuole (le caoutchouc du ballon) ou la cavité intérieure (l'air du ballon). Un autre modèle mécanique bien connu de tous, la roue de vélo, est également assimilée à une structure en tenségrité ; elle présente, en effet, des structures compressives, solides, jante et moyeu, et des structures tensionnelles souples, les rayons. Elle est conçue pour transmettre directement les forces du sol à l'ensemble du corps du cycliste, en particulier à son bassin. Steve Levin l'a adoptée pour représenter l'anatomie dynamique de certains ensembles fonctionnels du corps humain. Il propose de considérer l'épaule comme l'équivalent de la roue de vélo. L'omoplate peut ainsi être assimilée à un moyeu et l'ensemble des muscles, tendons et aponévroses qui s'y insèrent comme autant de rayons. Pendant la conférence, il nous a été donné de voir de multiples schématisations de l'anatomie fonctionnelle sous l'angle de la biotenségrité. Les organes creux tels l'œsophage, la trachée, les vaisseaux sanguins seraient des cylindres dont les parois associent éléments discontinus en compression et éléments continus en tension ; dans le myocarde l'arrangement des fibres selon un cône spiralé nous permet de comprendre pourquoi Steve Levin compare les organes creux, soumis à de constantes variations de forme/volume, à des ‘pompes de tenségrité'. C'est une nouvelle vision de l'anatomie que nous découvrons. L'os n'est plus seulement ce tissu solide dans lesquels s'insèrent des tissus plus ou moins mous et contractiles. L'os est du ‘fascia renforcé' (A. Abehsera) ou du ‘fascia amidonné' (S. Levin) et, en tant que tel, il est partie prenante de l'arrangement tenségral. L'os représente les barres en compression flottant dans l ‘océan en tension formé par les muscles et des aponévroses. Le modèle du bras que donne S. Levin (voir www.biotensegrity.com) est constitué, au niveau de l'espace articulaire de l'épaule, par un volumineux icosaèdre tandis qu'au niveau du coude et des articulations du poignet et de la main se trouvent de plus petits icosaèdres… Entre les articulations, humérus, radius et cubitus sont représentés par des enchaînements hélicoïdaux d'icosaèdres. Cette structure possède son dynamisme tenségral interne. Comme nous l'avons évoqué, D. Ingber applique les principes de la tenségrité à l'architecture du cytosquelette cellulaire, avec ses réseaux de microtubules, microfilaments et filaments intermédiaires. Selon cet auteur, les structures dures, compressives, discontinues, sont les microtubules tandis que les structures tensionnelles, souples, en relation continue les unes avec les autres sont les microfilaments et les filaments intermédiaires. Leur organisation architecturale est à même de conduire l'information tenso-compressionnelle jusqu'au noyau. Or, cet arrangement intracellulaire fait suite (via les intégrines) à l'arrangement de la matrice extracellulaire, ultime fascia situé à la périphérie de la cellule dont l'organisation architecturale s'intègre, depuis la plus petite échelle jusqu'à la plus grande, à l'ensemble de la trame fasciale (fascias souples et os). De la mécanique à la chimie Par le passé, on a pu croire que la sécrétion d'un produit par une cellule ne pouvait s'effectuer que secondairement à une stimulation chimique (la chimie contrôle la chimie). Or on s'est aperçu, plus récemment, que notre génome peut être stimulé par la voie mécanique, une notion tout à fait pertinente pour les thérapeutes manuels. La transformation du message mécanique en un message chimique est ce que l'on appelle la mécanotransduction et elle représente certainement une grande voie d'exploration dans l'avenir. Donald Ingber, en soulignant la continuité fasciale qui va de la peau jusqu'au noyau de la cellule, nous installe dans un rapport structure/fonction à l'échelle cellulaire, rapport que nous ne connaissions qu'à l'échelle tissulaire. Michèle Tarento aborde la question de la pertinence de ces découvertes pour les ostéopathes. En effet, on ne pose pas nos mains sur des tissus en état stable et passif. Les cellules ne sont pas de petits sacs remplis de fluides et blottis les uns contre les autres. Elles sont organisées en ‘groupements serrés'. On peut citer comme exemple les cellules de la morula, entourées de la membrane pellucide, ou bien les alvéoles pulmonaires, contenues par la plèvre viscérale, ou encore les paquets d'adipocytes sous-cutanés. Toutes ces cellules, maintenues en compression, sont capables de répartir les tensions dans toutes les directions lors de la respiration ou des frottements-tensions de la peau. Chaque cellule de ces paquets est, comme nous l'avons vu, caractérisée par son autocontrainte, sa fermeture dynamique sur elle-même, prête à répondre à toute déformation pour revenir à son état initial. L'autocontrainte est présente dans la cellule mais aussi dans le paquet cellulaire, réalisant un modèle hiérarchisé, chaque échelle d'autocontrainte englobant la précédente. Dans une vidéo de sa récente présentation, J-C. Guimberteau avait montré comment un paquet d'adipocytes, qui semble ‘dormant', est en fait sujet à une importante compression ; en effet, la moindre incision cutanée libère les adipocytes de ce ‘carcan', et nous donne l'impression qu'ils ‘sautent' de leur cadre. L'autocontrainte est perpétuellement sujette à des variations car la structure est traversée par des forces extrinsèques qui se distribuent dans son ensemble : forces gravitationnelles, réaction du sol, pression atmosphérique… Ces forces modifient l'autocontrainte en la renforçant. La vie encourage la vie… Il n'existe donc aucun point fixe, moment de force, tout se modifie en permanence, et c'est bien l'expérience que nous avons des tissus sous nos mains. La courbe en J de déformation-contrainte des matériaux biologiques – selon les travaux de J.E. Gordon – montre qu'au début, la contrainte est ‘absorbée' par une forte déformation ; autrement dit, dans la partie horizontale de la courbe, les tissus s'accommodent en se déformant ; puis à un moment donné, tandis que la contrainte s'accroit le système se rigidifie. Par contre, si la contrainte augmente trop vite ou si elle se prolonge au-delà des capacités de résilience des tissus, ceux-ci se déchirent, se fracturent. L'élasticité des structures biologiques peut être considérée comme une manifestation physique de leur tenségrité, c'est-à-dire de la synergie entre leurs forces de tension et de compression, les deux s'opposant de manière dynamique tout en s'équilibrant. Les contraintes mécaniques en pression se répercutent depuis les fascias superficiels jusqu'à la matrice extracellulaire (M.E.C.) sans dommages pour la cellule. J-F. Mégret, ostéopathe vétérinaire, auteur en 2003 du remarquable mémoire ‘La tenségrité, vers une biomécanique ostéopathique', considère que la tenségrité offre un modèle didactique essentiel pour l'ostéopathie. Pour lui, le dispositif de la trame fasciale, distribuée en treillis, réalise un véritable filtre mécanique dans lequel l'information initiale se distribue en divergeant, ce qui permet l'atténuation du message ; c'est ainsi que la quantité de pression depuis l'échelle macroscopique jusqu'à l'échelle microscopique voit ses proportions réduites de 103 à 106. On peut parler d'une hiérarchisation, qui permet de passer, sans dommage tissulaire, de la plus grande échelle, celle de l'organe ou du tissu à la plus petite, celle de la cellule. Comme nous l'avons dit précédemment, cette absorption des ‘influx mécaniques' rejoint le noyau cellulaire, via le cytosquelette, en retentissant sur le fonctionnement chimique (mécanotransduction). Cette transmission des forces ne concerne pas seulement les influences mécaniques extérieures mais également celles venues de l'intérieur. L'arrangement fascial, distribué en un vaste réseau ubiquitaire, permet d'envisager qu'il existe un mode de transmission de l'information dans le corps autre que le système nerveux. En effet, via le réseau tensionnel continu, l'information mécanique due aux forces intérieures comme extérieures du corps peut être transmise de partout à partout, à une vitesse bien supérieure à celle de l'influx nerveux. La tenségrité nous donne ainsi une autre vision de l'anatomie. La distinction fonctionnelle entre tendons, muscles, fascias, ligaments ou aponévroses s'amenuise du fait qu'ils sont tous impliqués dans la transmission et la distribution des forces tenso-compressionnelles lors du mouvement. D'après les travaux de J. Van der Wal et de P.A. Huijing, on observe que la transmission des forces des muscles agonistes et antagonistes se déploie dans l'ensemble du corps, de manière globale et omnidirectionnelle, via les fascias. Pour S. Levin, les muscles seraient « des régulateurs dynamiques de la tension dans le tissu conjonctif ». L'os, comme nous l'avons vu, fait partie de ce schéma. Il est lui-même tissu conjonctif, originaire du mésoblaste embryonnaire. Le tissu osseux participe ainsi au stockage et à la répartition omnidirectionnelle des forces intérieures et extérieures. Comme l'a souligné J-C. Guimberteau, on ne peut plus se contenter de voir le tissu conjonctif comme un tissu qui ‘unit' les parties. Il est autant ‘constitutif' que ‘conjonctif'. En fournissant le cadre fait de microfilaments et de microvacuoles, il conditionne, guide et informe le développement des parenchymes. A.T. Still disait que le ‘fascia est la maison de Dieu', expression qui illustre bien la fonction ‘constitutive' de ce tissu. Les cellules résident dans le fascia… On évoquera ici une belle citation de M.F.X. Bichat pour qui le tissu conjonctif membranaire est « le moule déterminant la forme et la taille des organes » (1799). Ostéopathie et biotenségrité Michèle Tarento évoque ensuite les ponts conceptuels entre la biotenségrité et l'ostéopathie. Ils sont bien évidemment nombreux. On commencera par évoquer la belle image d'un « banc de poissons », proposée par R. Schleip pour exprimer son ressenti de la main lorsque, posée sur le patient, elle perçoit les fascias sous-cutanés. Ceci résonne mécaniquement avec notre vécu d'ostéopathe dont les mains perçoivent des éléments mobiles, adaptatifs (fluides) qui répondent aux informations qu'on leur adresse. L'ostéopathie, dans l'histoire de la médecine, s'est illustrée par l'importance qu'elle a accordée aux mouvements dits ‘mineurs', par rapport aux mouvements majeurs. La capacité d'abduction ou d'adduction du coude retiendra plus l'attention de l'ostéopathe que celle de flexion ou extension, la première conditionnant la seconde. Par sa palpation délicate, l'ostéopathe est à même de lire l'état ‘tenségral' de son patient ou, en d'autres termes, le délicat équilibre tenso-compressionnel de ses tissus. La lésion ostéopathique (ou dysfonction somatique) est ce que nous recherchons à l'aide de cette palpation fine. Elle consiste en une perte partielle, plus ou moins importante et localisée, de la capacité d'absorption des déformations. La lésion ostéopathique se manifeste, sous nos mains, par une zone de restriction (attraction des tissus vers la lésion) et d'une nette rigidification. En termes de tenségrité, la lésion ostéopathique peut se traduire par une rigidité tissulaire, mais aussi, à l'inverse, par un relâchement extrême de la structure, par perte du dosage et de l'harmonie entre ‘compression' et ‘tension'. L'ostéopathie cranio-sacrée est un domaine évident d'application de ces notions. La notion de ‘membrane de tension réciproque', formulée par Sutherland à propos du système méningé, évoque clairement celle d'autocontrainte. L'arrangement des membranes, les arcs de tension (montrés par Arbuckle puis Upledger) sont autant de structures qui amortissent, répartissent les contraintes extérieures et intérieures. Paul Lee et C.H Cummings sont parmi les premiers ostéopathes à avoir adopté le modèle de la tenségrité dans le domaine cranio-sacré. Pour eux, le M.R.P. n'est plus un simple phénomène hydrodynamique, mais il est la confluence de multiples phénomènes oscillatoires appartenant à différents systèmes : cranio-sacré (mécanique et liquidien), respiratoire, viscéral, fluidique… du patient et… du praticien. Ces oscillations, corrélées à une multitude d'états d'auto-contrainte, s'étendent à l'ensemble des fascias du corps. Pour C. H. Cummings, on peut considérer l'ensemble cranio-sacré, y compris le rachis, comme une suite d'icosaèdres (selon le modèle de la tenségrité), qui auraient pour vocation de transférer l'énergie, à travers toute la structure, du crâne au bassin, sur un mode hélicoïdal. Michèle Tarento évoque ensuite, en un tableau, les points convergents entre les principes dégagés par la recherche sur la tenségrité et l'ostéopathie. Points communs Pour l'ostéopathie comme pour la tenségrité, le lien mécanique est prédominant ; il procure des informations très rapides. Le corps est conçu comme un système fermé qui se déforme sous la contrainte et retrouve sa forme à l'arrêt de la contrainte. Physiologiquement, il existe une continuité tensionnelle qui réunit dans une globalité tous les éléments du corps (ce qui sous-entend une interactivité entre eux). La Dr Tarento distingue ensuite quelques points de divergence. Ceux-ci sont plus des nuances, dues à une ignorance entre les deux domaines plutôt qu'à une différence de principe. Nuances 1 - Le principe d'autonomie, dit d'autoguérison du corps selon l'ostéopathie : il s'exprime en termes de mécanique et de chimie. Le « repositionnement » structurel (= rétablissement biomécanique de la continuité) est corrélé avec les régulations métaboliques. Lorsque les structures sont en place, la chimie tissulaire fonctionne bien. En d'autres termes, la structure possède son propre pouvoir de réparation. selon la biotenségrité : le principe d'autonomie s'exprime en termes de géométrie (synergétique) et de mécanique (tenso-compressionnelle). La structure en lésion est potentiellement douée de tenségrité et de capacité de recouvrement de ses qualités tenso-compressionnelles. 2 - Prise en compte des échelles selon l'ostéopathie : « Les mouvements mineurs gouvernent les mouvements majeurs [1] ». selon la biotenségrité, on ne sépare pas les mouvements en catégories distinctes, on les hiérarchise dans un continuum qui va du plus grand au plus petit. 3 - Finalement, l'homéostasie est corrélée : selon l'ostéopathie, avec l'harmonie tensionnelle, réinitiée le plus souvent de manière directionnelle. selon la biotenségrité, avec l'harmonie tenso-compressionnelle qui est, par essence, omnidirectionnelle. Michèle Tarento conclut son intervention par une brève présentation de son travail de synthèse entre ostéopathie et biotenségrité. Elle a ainsi pu développer une approche personnelle, l'Ostéo-éveil®. Le bien-être, l'être ‘bien dans sa peau', possède une traduction en termes de biotenségrité. On se sent bien quand l'autocontrainte globale de notre corps est adéquate, réactive et adaptative à toute déformation (physiologique, sportive, professionnelle, traumatique, etc.). On se déforme sous les contraintes puis on revient à la normale à l'arrêt des contraintes, c'est-à-dire à l'équilibre tenso-compressionnel. On est alors ‘confortable dans sa structure'. Pour être au mieux, il ne faut être ni dans un état où compression et tension sont augmentées, avec la rigidité que cela entraine, ni dans un état où compression et tension sont diminuées et amènent les tissus à un état flasque. Par ailleurs, la tenségrité nous enseigne qu'il ne faut pas se polariser sur la nécessité de détendre et relâcher les tissus. Il faut veiller à détendre les câbles trop tendus mais aussi tendre les câbles trop mous [2]. Michèle Tarento nous invite à être tel Kenneth Snelson qui fait de subtils arrangements tenso-compressionnels sur sa Tour Aiguille en jouant sur la tension des câbles. C‘est ainsi que le thérapeute manuel devrait opérer avec ses patients : réglage et harmonisation... Michèle Tarento, nous invite également à retrouver, dans une des idées fortes d'A.T. Still, les thèmes présents dans la biotenségrité. Still voyait dans l'Homme un univers en miniature où règne la Loi de l'Esprit, de la Matière et du Mouvement. La Matière est représentée par l'aspect solide, mécanique de nos tissus. Le Mouvement est l'énergie accumulée par l'autocontrainte dans chacun de nos tissus et organes, alors que l'Esprit est ce qui fait vibrer cet ensemble mécanique autocontraint, selon de très nombreuses fréquences. Notre consœur conclut par une série de photographies de cygnes évoluant sur un plan d'eau, leur cou dans différentes positions… En s'éveillant à l'existence de la biotenségrité, on la voit partout… On se réveille autrement… au monde du vivant. Commentaires du rédacteur Assister à une conférence sur la biotenségrité, par une spécialiste de la question, ostéopathe de surcroît, en relation permanente avec les fondateurs du concept, a été une grande chance pour les personnes présentes à cette ‘réunion anniversaire'. En effet, quoi de plus significatif pour marquer cet anniversaire que de discuter de cet aspect de la biologie encore trop méconnu ? Comme l'a souligné Michèle Tarento, la biotenségrité est encore un domaine ‘accessoire' dans le monde médical et scientifique. Ni D. Ingber, pour l'échelle microscopique, ni S. Levin, pour l'échelle macroscopique, n'ont eu l'audience qu'ils méritent. Je trouve le parallèle intéressant avec l'ostéopathie qui, elle aussi, n'est pas discutée sérieusement dans les milieux scientifiques. C'est en partie pour les mêmes raisons, probablement, qu'ostéopathie et biotenségrité sont ignorées. En effet, la recherche moderne en biologie privilégie largement l'aspect chimique du Réel, pour les stimuli comme pour les réponses. L'aspect mécanique, à l'échelle cellulaire ou nucléaire, est rarement discuté. Or, la biotenségrité comme l'ostéopathie font toutes deux des ponts entre la mécanique et le chimique, une considération encore difficile à accepter mais certainement pleine d'espoir pour la recherche et la clinique. Il serait donc souhaitable au plus haut point que l'ostéopathie se penche sur ce domaine encore jeune de la recherche. À titre personnel, j'avais eu l'occasion, dès les années 90, de découvrir les articles de D. Ingber. Auparavant, j'avais pris connaissance de l'existence du cytosquelette. Cytosquelette, fascia et tenségrité m'ont paru immédiatement comme une des réponses les plus importantes pour expliquer et développer notre travail et nos recherches. Comment parler de ce qui se passe sous la main et dans nos corps sans ces notions ? Merci donc à Michèle pour avoir célébré l'anniversaire de l'Académie, vingt années de conférences, d'articles et de réunions, avec un sujet absolument à la hauteur… Notes 1. À ma connaissance, et suite à la demande de référencer cette affirmation courante dans les milieux ostéopathiques, j'en ai été l'auteur dans mes cours dispensés à l'École de Maidstone, dans les années 70. Quoique j'apprécie toujours le sens que peut avoir cette affirmation, elle me paraît aujourd'hui insuffisante, car comme pour toute relation de cause à effet, elle supporte le sens contraire, et n'a de sens que si on l'inclut. Certes, l'ostéopathie s'est illustrée en affirmant que les petits mouvements du coude ou du genou (rotation, abduction) conditionnent les grands mouvements (flexion, extension), mais le contraire est vrai : les grands mouvements ‘gouvernent' les petits. Cela vaut pour l'affirmation ‘structure gouverne fonction' qui n'a de sens que si on affirme l'inverse. Alain Abehsera 2. Voir l'article d'Alain Abehsera sur le sujet publié sur le Site de l'Ostéopathie : Détendre est-il l'objectif principal de l'ostéopathie ? Bibliographie Bibliographie de la conférence de Michèle Tarento pour le 20e anniversaire de l'Académie d'ostéopathie 25-3-17 Abehsera A. « Maladies de l'os ou les os de la maladie » - Apostill n°9 -2001 Chauffour P., Prat E. Le Lien Mécanique- Théorie et pratique -Sully- 2003 Cummings C.H. A tensegrity model for osteopathy in the Cranial field - 1994 Fuller R.B. Synergetics, exploration in the geometry of thinking - in collaboration with E.J. Applewhite - Collier Books - Macmillian Publishing Company1982 Gehin A. Concept de tenségrité en ostéopathie -Sauramp médical- 2010 Gordon J.E. Structures or why things don't fall - Penguin science-1978 Ingber D.E-. The architecture of life. Scientific american - 278- 48-57- 1998 Levin S.M. « Continuous tension, discontinuous compression, a model for biomecanical support of the body »- Bulletin of Structural Integration, Rolf Institute, Bolder-31-33 « « bulletin of structural integration – 1982 Martin D.C. Biotensegrity -interplay of tension and compression in the body- Munich Kiener press -2016 Megret J.F La tenségrité, vers une biomécanique ostéopathique -Mémoire d'ostéopathie- 2003 Paoletti S. Les fascias-Rôle des tissus dans la mécanique humaine - Sully 2003 Ribadeau Dumas – Histologie Moléculaire - J.M. André 1999 Rouvière H . Anatomie humaine-Masson - 1967 (3 Tomes) Scarr G. Biotenségrité - La base structurelle de la vie - traduit par P. Tricot- Sully 2015 Snelson K. Forces made visible - Hard Press Editions Publication- 2009 Still A.T. Autobiographie du fondateur de l'ostéopathie - édition critique J.M. Gueulette - traduit par P. Tricot- Sully- 2017 Tarento M. « L'os, un fascia solide, un biomatériau interpellant » - revue EPS – avril mai 2013 Tarento M. Construire son corps avec l'ostéo éveil et la biotenségrité - Sully 2016 Tricot P. Approche Tissulaire de l'Ostéopathie - tomes 1 et 2- Sully 2005 Zohrn A. Ph D Physical thoughts about Structure- The elasticity of fascia -Yearbook 2008 Sites Kennet Snelson : www.kennethsnelson.net/sculptures Steve Levin : www.biotensegrity.com Jean Claude Guimberteau : www.endovivo.com Michèle Tarento : www.osteo-eveil.fr Graham Scarr : www.tensegrityinbiology.co.uk ‏Sessions de construction de modèles en langue française : dc_martin chez gmx.de Le Site de l'Ostéopathie remercie Michèle Tarento et l'Académie d'Ostéopathie de l'avoir autorisé à publier ce compte-rendu. Nous remercions Alain Abehsera pour son compte-rendu Le site de l'ostéopathie remercie Michèle Tarento, auteure, Didier Chaboche, photographe, et les éditions Sully de l'avoir autorisé à publier différentes images du livre ‘Construire son corps avec l'ostéo éveil et la biotenségrité'. Cet article a paru sur le Site de l'Ostéopathie le 23 janvier 2018 et a été publié dans La Revue du SDO n°2 & l'Ostéo4pattes n°47 B - Février 2018